Ghalib ibn Fihr ibn Mâlik ibn an-Nadr ibn Kinâna, Abou Muhammad al-Qurachî at-Taymî, est connu sous le nom de Talha al-Khayr (« Talha le Bon ») et Talha al-Fayyâd (« Talha le Généreux »), en raison de sa grande générosité et de l’abondance de ses bienfaits.
Il embrassa l’islam très tôt, guidé par Abou Bakr as-Siddîq. Un jour, Naufal ibn Khuwaylid al-‘Adawiyya les attacha ensemble avec la même corde, sans que le clan Taym ne pût les en empêcher. C’est pourquoi on appelait alors Talha et Abou Bakr « les deux compagnons » (1).
Talha émigra (à Médine), et le Messager de Dieu (ﷺ) établit un lien de fraternité entre lui et Abou Ayyoub al-Ansârî. Il assista à toutes les batailles aux côtés du Prophète (ﷺ), sauf à Badr : il se trouvait alors en Syrie pour des raisons commerciales – on dit aussi qu’il y était en mission. Pour cela, le Messager de Dieu (ﷺ) lui attribua néanmoins une part au butin de Badr ainsi que la récompense afférente. Le jour d’Uhud, il se montra d’une bravoure exemplaire : sa main fut paralysée après qu’il l’eut portée pour protéger le Prophète (ﷺ), et elle le resta jusqu’à sa mort.
Abou Bakr as-Siddîq, lorsqu’il racontait les événements d’Uhud, disait : « Ce fut un jour (qui) revient tout entier à Talha. » Le Prophète (ﷺ) lui-même déclara ce jour-là : « Talha s’est acquis (la récompense). » (2) En effet, le Prophète (ﷺ) portait deux cuirasses, si bien qu’il ne pouvait pas gravir un rocher tout proche. Alors Talha s’inclina, permettant au Prophète (ﷺ) de poser le pied sur son dos afin de monter sur le rocher. Et il dit (3) : « Talha s’est acquis (la récompense). »
Il fait partie des dix Compagnons auxquels le Paradis fut promis, et l’un des six membres du conseil de concertation (shûrâ). Il vécut aux côtés du Messager de Dieu (ﷺ) en entretenant la meilleure compagnie jusqu’à la mort du Prophète, qui était satisfait de lui, de même qu’Abou Bakr et ‘Umar lui accordèrent leur agrément. Lors des troubles qui touchèrent ‘Uthmân, Talha s’écarta de lui ; certains en conclurent qu’il lui était défavorable (4). Pour cette raison, lors de la bataille du Chameau, il se retira après avoir été exhorté par ‘Alî, et se plaça dans une partie des rangs. Une flèche perdue l’atteignit à la jambe (d’autres disent au cou, mais la première version est la plus connue). La flèche traversa sa jambe et vint se ficher dans le flanc de sa monture, qui s’emballa presque au point de le renverser.
Il cria : « À moi, serviteurs de Dieu ! » Puis un de ses affranchis le rejoignit, monta derrière lui et le conduisit à Bassora, où il mourut dans une maison de la ville. Certains disent qu’il mourut sur le champ de bataille. On raconte que ‘Alî, alors qu’il parcourait le terrain couvert de morts, le vit. Il essuya la poussière de son visage et déclara (5) : « Que Dieu te fasse miséricorde, Abou Muhammad ! C’est une grande peine de te voir gisant (6) à la merci des étoiles, puis il ajouta : “Je me plains à Dieu de mes chagrins passés et présents (7). Par Dieu, j’aurais aimé mourir vingt ans avant ce jour.” » On dit que celui qui le toucha de cette flèche fut Marwân ibn al-Hakam, qui déclara à Abân ibn ‘Uthmân : « Je t’ai épargné des hommes (8) parmi les meurtriers de ‘Uthmân. » Mais d’autres affirment que ce fut un autre qui le frappa. Cela me paraît plus plausible, bien que la première version soit la plus répandue. Dieu est plus savant.