Ils arrivèrent vers nous munis de fer, comme s’ils étaient issus de l’orgueil invincible de Bakr ibn Wāʾil.
Puis les Banū Nājiyah, puis les Banū Ḍabba, y trouvèrent refuge(1). Un grand nombre d’entre eux(2) y furent tués. On raconte qu’on trancha la main de soixante-dix hommes alors qu’ils tenaient la bride du chameau. Lorsque ces hommes furent trop affaiblis, les Banū ʿAdī ibn ʿAbd Manāf avancèrent et livrèrent un combat acharné, relevant la tête du chameau. Les autres visaient le chameau en disant : « La guerre ne cessera pas tant que ce chameau restera debout. » La tête du chameau se trouvait aux mains de ʿAmrah(3) ibn Yathribī — certains affirment qu’il s’agissait de son frère, ʿAmr ibn Yathribī. Puis ʿAlbaʾ ibn al-Haytham s’élança contre lui. C’était l’un des guerriers courageux [et des cavaliers renommés].
[Nufayl ibn] ʿAmr al-Jumalī s’avança alors contre Ibn Yathribī, mais celui-ci le tua. Puis ʿAlbaʾ se dirigea vers lui après al-Haytham, et Ibn Yathribī le tua également. Zayd(4) ibn Ṣawḥān fut tué, tandis que Ṣaʿṣaʿah ibn Ṣawḥān fut blessé et resta à terre. ʿAmmār l’appela alors au duel et il sortit pour l’affronter entre les deux rangs — et ʿAmmār, ce jour-là, avait quatre-vingt-dix ans, vêtu d’une pelisse et la taille ceinte d’une corde de fibres de palmier(5).
Les gens s’écrièrent : « Nous sommes à Dieu et à Lui nous retournons ! Voilà que ʿAmmār va être réuni à ses compagnons ! » Ibn Yathribī frappa ʿAmmār de son épée, mais ʿAmmār l’arrêta avec son bouclier où la lame s’enfonça et resta coincée. ʿAmmār le frappa alors, lui trancha les deux jambes et le fit prisonnier(5), puis l’emmena devant ʿAlī en disant : « Épargne-moi, ô Commandeur des croyants. » ʿAlī répondit : « Après avoir tué trois hommes ? » Puis il ordonna qu’on l’exécute.
La bride du chameau échut alors à un homme(6) de Banū ʿAdī que l’on avait chargé de s’en occuper. Rabiʿah al-ʿUqaylī s’avança face à lui et ils s’affrontèrent jusqu’à ce que chacun tue l’autre. Al-Ḥārith al-Ḍabbī s’empara ensuite de la bride et l’on ne vit personne de plus farouche que lui. Il entonna alors, en style rajaz(7) :
« Nous sommes les Banū Ḍabba, les défenseurs du chameau ;
Nous affrontons l’ennemi lorsqu’il descend dans l’arène ;
Nous pleurons Ibn ʿAffān à la pointe des lances ;
La mort nous est plus douce que le miel ;
Rendez-nous notre vieillard, puis honorez-le ! »
On attribue aussi(8) ces vers à Wasīm ibn ʿAmr al-Ḍabbī. Chaque fois qu’un homme tenant la bride du chameau était tué, un autre se présentait(10) pour la prendre, si bien que quarante d’entre eux furent tués. ʿĀʾishah déclara : « Mon chameau ne cessa de rester droit tant que j’entendais les voix des Banū Ḍabba. » Puis soixante-dix hommes de Quraysh se relayèrent pour tenir la bride, chacun étant tué après son prédécesseur. Parmi eux se trouvait Muḥammad ibn Ṭalḥah, dit as-Sajjād, qui dit à ʿĀʾishah : « Ordonne-moi tes volontés, ô ma mère. » Elle répondit : « Je t’ordonne d’être comme le meilleur des deux fils d’Adam. » Il refusa alors de