On l’appelait « ‘Amr (1) Ibn Jurmuz ». Il se présenta auprès de lui alors qu’il dormait et le tua par traîtrise, comme nous le détaillerons (2). Quant à Talha, il fut atteint sur le champ de bataille par une flèche hasardeuse (3) – on dit que ce fut Marwân ibn al-Hakam qui la décocha ; Dieu le sait mieux. La flèche se ficha dans sa jambe ainsi que dans sa monture, qui prit aussitôt la fuite. Talha se mit alors à s’écrier : « Ô serviteurs de Dieu, ô serviteurs de Dieu ! » Son affranchi le rejoignit et parvint à maîtriser le cheval. Talha lui dit : « Malheur à toi ! Conduis-moi vers les maisons. » Son soulier était rempli de sang, et il ordonna à son serviteur : « Ôte-le-moi et fais-moi monter derrière toi. » Affaibli et perdant beaucoup de sang, il se hissa derrière son serviteur, qui l’emmena dans une maison de Bassora où il mourut (– qu'Allah soit satisfait de lui –).
Puis ‘Aïcha (– paix sur lui –) avança (dans sa litière) et remit à Ka‘b ibn Sûr, le juge de Bassora, un exemplaire du Coran en lui disant : « Invite-les s’y référer. » C’était au moment où la bataille s’intensifiait et que le combat faisait rage. Az-Zubayr s’était retiré, et Talha (– qu'Allah soit satisfait de lui –) venait d’être tué. Lorsque Ka‘b ibn Sûr s’avança, tenant le Coran et appelant à y revenir, l’avant-garde (5) de l’armée venue de Koufa lui fit face. Se trouvaient en tête (6) ‘Abd Allâh ibn Saba, surnommé Ibn as-Sawdâ’, et ses partisans (7), qui tuaient quiconque de Bassora tombait entre leurs mains, sans se retenir pour personne. Dès qu’ils aperçurent Ka‘b ibn Sûr portant en hauteur le Coran, ils l’assaillirent d’une volée de flèches lancées d’un seul élan et le tuèrent. Les traits atteignirent également la litière de Mère des Croyants (‘Aïcha [– paix sur lui –]).
Elle ne cessait de s’écrier : « Craignez Dieu, craignez Dieu ! Ô mes enfants, rappelez-vous le Jour du Jugement. » Puis elle leva les mains pour invoquer contre ce groupe d’hommes, les meurtriers de ‘Uthmân, et tout le monde autour d’elle se joignit à l’invocation, au point que la clameur (8) parvint jusqu’à ‘Alî, qui dit : « Qu’est-ce donc ? » On lui répondit : « C’est la Mère des Croyants qui invoque contre les meurtriers de ‘Uthmân et leurs partisans. » Alors ‘Alî s’écria : « Ô Dieu, maudis les meurtriers de ‘Uthmân ! » Mais ce groupe ne cessa de cribler la litière de flèches, au point qu’elle devint semblable à un porc-épic. ‘Aïcha incitait les gens à les repousser, si bien qu’une violente charge les chassa jusqu’à atteindre l’endroit où se trouvait ‘Alî ibn Abî Tâlib.
‘Alî dit alors à son fils Muhammad ibn al-Hanafiyya : « Malheur à toi ! Avance la bannière. » Mais il n’y parvint pas. ‘Alî la saisit de ses mains, s’avança et la bataille redoubla de fureur, allant tantôt à l’avantage des gens de Bassora, tantôt à celui des gens de Koufa. Beaucoup de gens furent tués, une foule innombrable, et l’on n’avait jamais vu de bataille où l’on ait autant tranché de mains et de pieds. Pendant ce temps, ‘Aïcha encourageait les combattants à lutter contre ce groupe de meurtriers de ‘Uthmân.
Elle regarda alors à sa droite et demanda : « Qui sont ces gens ? » Ils répondirent : « Nous sommes la tribu de Bakr ibn Wâ’il. » Elle cita alors le dicton (10) attribué à leur sujet : [vers issu de la métrique at-Tabîl].