et examinions la situation. Ils lui écrivirent alors en réponse à son message : « Nous maintenons la position sur laquelle nous nous sommes séparés d’al-Qa‘qa‘ ibn ‘Amr, à savoir la réconciliation entre les gens. » Les esprits se rassérénèrent et s’apaisèrent, et chaque groupe rejoignit ses compagnons (1) au sein des deux armées.
Lorsque le soir tomba, ‘Alī envoya ‘Abd Allāh ibn ‘Abbās vers eux, et eux dépêchèrent Muhammad ibn Talha as-Sajjād auprès de lui. Les gens passèrent la meilleure des nuits, tandis que les meurtriers de ‘Uthmān passèrent la pire. Ils passèrent la nuit à se concerter et convinrent de déclencher la guerre à l’aube.
Ils se levèrent avant le lever du jour, au nombre d’environ deux mille hommes, puis chacun retorna auprès de ses proches en les surprenant l’arme à la main, si bien que (2) chaque groupe se dressa pour défendre les siens. Les gens, brusquement tirés de leur sommeil, saisirent leurs armes en disant : « Les gens de Koufa nous ont attaqués de nuit, ils nous ont surpris et trahis ! » Ils crurent que cela avait été ourdi avec les compagnons de ‘Alī. La rumeur parvint à ‘Alī, qui s’exclama : « Que se passe-t-il ? » On répondit : « Les gens de Bassora nous ont attaqués », alors (3) tous prirent leurs armes, mirent l’armure (4) et montèrent à cheval, sans se douter de la réalité du complot. Mais l’ordre de Dieu s’accomplissait inévitablement. La guerre éclata, les cavaliers se défièrent, (5) les combattants vaillants chargèrent, la bataille s’intensifia et les deux camps entrèrent en lice.
‘Alī avait environ vingt mille hommes, tandis que ‘Ā’isha et ses partisans en comptaient près de trente mille. « En vérité, nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. » Les Sâbi’a, adeptes d’Ibn as-Sawdâ – que Dieu le maudisse –, ne cessaient de tuer, tandis que le crieur de ‘Alī proclamait : « Épargnez, épargnez ! », sans que personne n’en tienne compte.
K‘ab ibn Sûr, juge de Bassora, dit alors : « Ô Mère des Croyants, interviens pour secourir les gens ; peut-être Dieu rétablira-t-Il la concorde par ton entremise. » Elle s’assit donc dans sa litière, juchée sur un chameau, et on la recouvrit de plaques d’armure. Elle s’avança et prit place de manière à observer leurs mouvements (7), tandis que les combattants s’affrontaient et se heurtaient (8).
Parmi ceux qui combattirent ce jour-là, il y eut az-Zubayr et ‘Ammâr : ‘Ammâr le piquait de sa lance, tandis qu’az-Zubayr s’abstenait de riposter. Il lui disait : « Vas-tu me tuer, Abou al-Yaqdhân ? » et l’autre répondait : « Non, Abou ‘Abd Allâh. » En vérité, az-Zubayr le laissait en vie à cause de la parole du Messager de Dieu (ﷺ) : « C’est la faction rebelle qui te tuera. » Autrement, az-Zubayr était plus à même de l’emporter que lui, et c’est pour cela qu’il l’épargna.
Ce jour-là, leur règle voulut qu’on n’achève pas un blessé ni qu’on pourchasse un fuyard. Malgré tout, un très grand nombre de gens fut tué. Au point que ‘Alī dit à son fils al-Hasan : « Ô mon fils, si seulement ton père était mort vingt ans avant ce jour ! » Et celui-ci de lui répondre : « Ô mon père, je t’avais pourtant averti de ne pas t’engager dans cette affaire. »