«Ma responsabilité et celle de votre compagnon sont engagées. S’il n’y a aucun moyen d’éviter le combat, alors ne combattons personne tant que nous n’aurons pas fini de nous occuper des meurtriers de ‘Uthmân, où qu’ils se trouvent et qui qu’ils soient.» Les deux hommes partirent donc informer ‘Alî de la nouvelle, alors qu’il se trouvait à Dhi Qâr.
‘Alî s’adressa à al-Achtar en ces termes : «Tu es notre représentant pour gérer l’affaire d’Abû Mûsâ et de l’opposant en toutes choses. Va donc, toi et Ibn ‘Abbâs, et répare ce que tu as corrompu.» Ils se mirent en route pour Koufa, parlèrent à Abû Mûsâ et sollicitèrent l’aide de quelques notables de la ville. Abû Mûsâ s’adressa alors aux gens en disant : «Ô vous tous ! Les Compagnons de Muḥammad (ﷺ) qui l’ont accompagné connaissent mieux Dieu et Son Messager que ceux qui ne l’ont pas accompagné. Vous avez des droits sur nous et je veux vous prodiguer un conseil sincère : il eût été juste de ne pas mépriser la souveraineté de Dieu ni de s’enhardir à transgresser Ses ordres. Voici venir une épreuve (fitna) : celui qui y demeure endormi est meilleur que celui qui veille, celui qui veille est meilleur que celui qui est assis, celui qui est assis est meilleur que celui qui se lève, et celui qui se lève est meilleur que (celui qui est à cheval, et celui qui est à cheval) est meilleur que celui qui court. Rangez donc vos épées, retirez les pointes de vos lances, coupez les cordes (d’arc), accueillez l’opprimé et la victime de l’injustice, jusqu’à ce que l’affaire se règle et que cette épreuve s’apaise.»
Ibn ‘Abbâs et al-Achtar retournèrent alors auprès de ‘Alî et lui rapportèrent ces propos. ‘Alî envoya al-Ḥasan et ‘Ammâr ibn Yâsir. Puis il dit à ‘Ammâr : «Pars et répare ce que tu as causé !» Ils se rendirent donc à la mosquée, où le premier à les saluer fut Masrûq ibn al-Ajda‘. Celui-ci demanda à ‘Ammâr : «Pourquoi avez-vous tué ‘Uthmân ?» ‘Ammâr répondit : «Pour ses insultes à notre honneur et ses coups portés sur nos corps.» Masrûq répliqua : «Par Dieu, vous ne l’avez pas puni à la hauteur de ce qu’il vous avait infligé ; si vous aviez patienté, cela aurait été meilleur pour les endurants.»
Abû Mûsâ sortit alors et rencontra al-Ḥasan ibn ‘Alî, qu’il étreignit. Puis il dit à ‘Ammâr : «Ô Abû al-Yaqẓân, t’es-tu jeté sur le commandeur des croyants ‘Uthmân jusqu’à le tuer ?» ‘Ammâr répondit : «Je ne l’ai pas tué, et cela ne m’a pas peiné.» Alors al-Ḥasan ibn ‘Alî les interrompit : «Pourquoi dissuades-tu les gens de nous rejoindre ? Par Dieu, nous ne voulons que la réconciliation, et un commandeur des croyants tel que celui-ci n’a rien à craindre.» Abû Mûsâ répondit : «Tu as raison, que mon père et ma mère te soient sacrifiés ; mais celui que l’on consulte se doit d’être digne de confiance. J’ai entendu le Prophète (ﷺ) dire : “Il surviendra une épreuve où celui qui est assis sera meilleur que celui qui se lève, celui qui se lève meilleur que celui qui marche, et celui qui marche meilleur que celui qui monte.” Or Dieu a fait de nous des frères et a rendu inviolables nos sangs et nos biens.»
À ce moment, ‘Ammâr se mit en colère, l’insulta et s’adressa aux gens : «Ô gens, le Messager de Dieu (ﷺ) n’a adressé cette parole qu’à lui seul : “Tu es mieux assis que debout.”» Un homme des Banû Tamîm s’insurgea pour défendre Abû Mûsâ et injuria ‘Ammâr. D’autres s’échauffèrent, tandis qu’Abû Mûsâ tentait de calmer la foule. Le tumulte gagna en intensité et les voix s’élevèrent.
Abû Mûsâ dit alors : «Ô gens, obéissez-moi et soyez les meilleurs parmi les meilleures tribus arabes, celles qui accueillent l’opprimé et rassurent celui qui a peur. Car lorsque l’épreuve commence, elle apparaît confuse, mais lorsqu’elle s’éloigne, elle devient claire.» Puis il ordonna aux gens de retenir leurs mains et de rester chez eux.»