Il dit également (1) – extrait en vers (rajaz) :
« Il ne m’incombe point de mourir avec déshonneur…
Car la honte parmi les hommes, c’est de fuir.
Et la gloire n’est pas déshonorée par la destruction. »
Un homme passa près de lui alors qu’il était appuyé, la tête sur cet homme, qui lui demanda : « Qui t’a tué ? » Il répondit : « Mes oreillers. » Puis il mourut, tandis que Ḥakīm fut tué, de même qu’environ soixante-dix parmi les meurtriers de ʿUthmān et leurs partisans (ceux de Médine). Alors faiblit le courage de ceux de Bassora qui s’opposaient à Ṭalḥa et az-Zubayr.
On raconte que les habitants de Bassora prêtèrent serment d’allégeance à Ṭalḥa et à az-Zubayr. Az-Zubayr réclama mille cavaliers pour partir avec lui et aller à la rencontre de ʿAlī avant qu’il n’arrive, mais personne ne répondit à son appel. Ils écrivirent à ce sujet aux gens de Syrie pour leur en faire la bonne nouvelle. Cette bataille eut lieu cinq nuits avant la fin de Rabiʿ al-Ākhir de l’an trente-six.
ʿĀʾisha écrivit à Zayd ibn Ṣuḥān pour qu’il la rejoigne, la soutienne et combatte à ses côtés ; à défaut, elle lui demandait de rester chez lui et de ne pas s’en mêler, c’est-à-dire qu’il ne prenne pas parti pour ou contre elle. Il répondit : « Je suis prêt à te soutenir tant que tu demeures chez toi », et il refusa de lui obéir en cette affaire. Il ajouta : « Qu’Allah fasse miséricorde à la Mère des Croyants : Il lui a ordonné de rester dans sa demeure et Il nous a ordonné de combattre. Mais elle est sortie de sa maison et nous ordonne, à nous, de nous confiner dans les nôtres, alors qu’elle était plus en droit de le faire que nous. » ʿĀʾisha envoya également des lettres en ce sens aux habitants de Yamāma et de Koufa.
[Il est rapporté] qu’[Amīr al-Muʾminīn] ʿAlī ibn Abī Ṭālib quitta Médine en direction de Bassora au lieu de se diriger (2) vers la Syrie, après s’être préparé, comme nous l’avons mentionné, en vue d’un départ pour la Syrie. Lorsque lui parvint la nouvelle du projet de Ṭalḥa et az-Zubayr de se rendre à Bassora, il s’adressa à la population et les incita à partir vers Bassora pour en empêcher l’entrée à ceux-ci, si possible, ou pour les en déloger s’ils y étaient déjà. Toutefois, la plupart des habitants de Médine rechignèrent à s’engager, tandis que certains répondirent à son appel.
Ash-Shaʿbī dit : « Seuls six hommes ayant participé à la bataille de Badr, pas un de plus, partirent avec lui pour cette affaire. » D’autres ont rapporté qu’ils n’étaient que quatre.
Ibn Jarīr (3) et d’autres racontent que parmi les grands Compagnons qui répondirent à l’appel figuraient Abū al-Haytham ibn at-Tayyihān, Abū Qatāda al-Anṣārī, Ziyād ibn Ḥanẓala et Khuzayma ibn Thābit. Ils précisent qu’il ne s’agit pas de celui qu’on appelait « Dhu sh-Shahādatayn », car ce dernier était mort sous le califat de ʿUthmān (qu’Allah l’agrée).
ʿAlī quitta donc Médine en direction de Bassora, selon les dispositions déjà évoquées, tout en désignant pour gouverneur de Médine Tamām ibn ʿAbbās et, à la tête de La Mecque, Qutham ibn ʿAbbās. Cela eut lieu à la fin du mois de Rabiʿ al-Ākhir de l’an trente-six.