«Alors ʿUthmân ibn Ḥunayf dit : “Vraiment, nous appartenons à Dieu et c’est vers Lui que nous retournons. Par le Seigneur de la Kaʿba, la meule de l’islam a tourné. Regardez donc par quelle illusion (1) nous allons être emportés.”
Imrân répondit : “Oui, par Dieu, nous vous ferons subir une rude épreuve, et pour longtemps.” (2) ʿUthmân ibn Ḥunayf fait ici allusion au hadith rapporté par Ibn Masʿûd, attribué (marfûʿ), selon lequel “la meule de l’islam tournera à trente-cinq” — ainsi que cela a déjà été mentionné.
ʿUthmân ibn Ḥunayf demanda alors conseil à ʿImrân ibn Ḥuṣayn, qui lui dit : “Tiens-toi à l’écart, car je resterai chez moi (ou, selon une autre version : je resterai sur mon chameau)”. Puis il s’en alla. ʿUthmân ibn Ḥunayf déclara alors : “Non, je vais leur faire face jusqu’à ce que l’émir des croyants arrive.” Il ordonna alors aux gens de s’armer et de se réunir à la mosquée. Lorsqu’ils furent rassemblés, il leur enjoignit de se préparer au combat.
Un homme (3) se leva (alors qu’ʿUthmân se trouvait sur le minbar) et s’écria : “Ô gens, si ces personnes sont venues par crainte, elles arrivent pourtant d’une contrée où même l’oiseau y vit en sécurité. Et si elles sont venues pour venger le sang de ʿUthmân, nous ne sommes pourtant pas ses meurtriers. Obéissez-moi donc et renvoyez-les d’où elles sont venues.”
Alors al-Aswad ibn Sarîʿ as-Saʿdî (4) prit la parole et dit : “En réalité, ils sont venus pour que nous les aidions à châtier les meurtriers de ʿUthmân, qu’ils soient des nôtres ou non.” Là-dessus, les gens se mirent à lui jeter des cailloux. ʿUthmân ibn Ḥunayf constata alors que les meurtriers de ʿUthmân avaient des partisans à Baṣra et il en fut contrarié.
La Mère des Croyants (ʿÂʾisha) arriva avec ceux qui l’accompagnaient et s’installèrent en haut du Mirbad, non loin de Baṣra. Certains habitants de Baṣra qui voulaient se ranger à ses côtés (5) sortirent pour la rejoindre, tandis qu’ʿUthmân ibn Ḥunayf sortit, lui aussi, à la tête de son armée. Les deux groupes se retrouvèrent au Mirbad. Ṭalḥa — qui était à l’aile droite de l’armée — prit la parole pour inciter à venger ʿUthmân et réclamer son sang ; az-Zubayr approuva et tint un discours analogue. Des hommes de l’armée de ʿUthmân ibn Ḥunayf (6) leur répondirent, puis la Mère des Croyants (ʿÂʾisha) prit la parole, enflammant et exhortant au combat. Des groupes se provoquèrent alors aux abords de l’armée et se lancèrent des pierres, puis ils se séparèrent et chacun regagna son camp. Entre-temps, une partie des soldats de ʿUthmân ibn Ḥunayf avait rejoint l’armée de ʿÂʾisha, gonflant ainsi ses rangs.
Ḥâritha ibn Qudâma as-Saʿdî vint trouver la Mère des Croyants et déclara : “Ô Mère des Croyants ! Par Dieu, le meurtre de ʿUthmân est moins grave que le fait que tu sois sortie de ta maison juchée sur ce chameau, offerte aux coups des armes. Si tu es venue de ton plein gré, alors retourne d’où tu es venue, chez toi. Et si tu es venue contrainte, demande alors l’aide des gens afin de rentrer.”
Hakîm ibn Jablah, qui commandait la cavalerie de ʿUthmân ibn Ḥunayf, chargea alors violemment, tandis que les partisans de la Mère des Croyants refusaient de combattre et s’abstenaient d’attaquer. Hakîm, lui, se lançait à l’assaut ; il y eut alors un affrontement à l’entrée de la ruelle. ʿÂʾisha ordonna à ses partisans de se diriger vers la droite, jusqu’à atteindre le cimetière des Banû Mâzin, et la nuit tomba, mettant fin aux hostilités pour un temps.»