Ils préparèrent un palanquin (hawdaj) sur un chameau nommé ‘Askar, que Yaʿlā ibn Umayya acheta à un homme de la tribu de ʿUrayna pour deux cents dinars — ou quatre-vingts selon d’autres versions, ou encore un montant différent. Les Mères des Croyants l’accompagnèrent jusqu’à Dhāt ʿIrq, puis la quittèrent à cet endroit en pleurant pour le dernier adieu ; les gens se mirent aussi à pleurer, si bien que ce jour fut appelé “le Jour des sanglots”. Tous se dirigèrent alors vers Basra. Celui qui dirigeait la prière sur ordre de ʿĀʾisha était son neveu, ʿAbd Allāh ibn al-Zubayr, tandis que Marwān ibn al-Ḥakam faisait l’appel à la prière aux heures prescrites.
(1) Au cours de leur voyage nocturne, ils passèrent près d’un point d’eau appelé al-Ḥawʾab (2), où des chiens se mirent à aboyer contre eux. Lorsque ʿĀʾisha entendit cela, elle demanda : « Quel est le nom de cet endroit ? » On lui répondit : « al-Ḥawʾab. » Elle frappa alors l’une de ses mains contre l’autre en disant : « Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous faisons retour. Je crois bien que je dois rebrousser chemin. » Ils lui dirent : « Pourquoi ? » Elle poursuivit : « J’ai entendu le Messager de Dieu — paix et bénédiction de Dieu sur lui — dire (à ses épouses) : “Ah si je savais laquelle d’entre vous les chiens d’al-Ḥawʾab aboieraient !” » (3) Puis elle poussa sur l’épaule de son chameau, qui s’agenouilla, et déclara : « Ramenez-moi, ramenez-moi, car par Dieu, je suis celle qu’avaient visée les chiens d’al-Ḥawʾab. »
Nous avons rapporté ce ḥadith avec ses diverses chaînes de transmission et ses formulations dans les “Dalāʾil al-Nubuwwa”, comme signalé précédemment. Les gens demeurèrent autour d’elle un jour et une nuit. ʿAbd Allāh ibn al-Zubayr vint alors lui dire : « Celui qui t’a affirmé que ce point d’eau est al-Ḥawʾab t’a menti. » Puis la foule déclara : « Il faut fuir, fuir, voici l’armée de ʿAlī ibn Abī Ṭālib qui s’approche ! » Ils se remirent donc en route vers Basra. Lorsqu’elle fut proche de Basra, elle écrivit à al-Aḥnaf ibn Qays et à d’autres notables pour annoncer son arrivée. ʿUthmān ibn Ḥunayf envoya alors ʿImrān ibn Ḥuṣayn et Abū l-Aswad al-Duʾalī (4) auprès d’elle, afin de savoir ce qui l’amenait. À leur arrivée, ils la saluèrent et s’enquirent de la raison de sa venue ; elle leur expliqua qu’elle était là pour réclamer justice pour le sang d’ʿUthmān, tué injustement durant un mois sacré dans une ville sacrée. Elle récita ensuite la parole divine : « Il n’y a pas de bien dans nombre de leurs conciliabules, à moins que l’on n’y recommande une aumône, une bonne action ou une réconciliation entre les gens. Et quiconque agit ainsi pour obtenir la satisfaction de Dieu, Nous lui accorderons bientôt une énorme récompense » [Coran, 4 : 114].
Quand ils la quittèrent, ils se rendirent auprès de Ṭalḥa et lui demandèrent : « Qu’est-ce qui t’a amené ici ? » Il répondit : « Obtenir justice pour le sang d’ʿUthmān. » Ils dirent : « N’as-tu pas prêté serment d’allégeance à ʿAlī ? » Il répondit : « Si, alors que l’épée était sur mon cou ; je ne lui retirerai pas ce serment s’il ne nous livre pas les meurtriers d’ʿUthmān. » Ils allèrent ensuite trouver al-Zubayr, qui prononça des propos similaires. ʿImrān et Abū l-Aswad revinrent alors vers ʿUthmān ibn Ḥunayf. C’est alors qu’Abū l-Aswad (5) déclama en style rajaz :
« Ô fils de Ḥunayf (6), on est venu te chercher, lève-toi ! / Lance-toi contre eux, combats-les et patiente !
Sors à leur rencontre, portant l’armure et retrousse tes manches (7). »