« Cela ne saurait jamais se produire. » Ibn ‘Abbâs dit alors : « Ô Commandeur des croyants, “la guerre est une ruse” (1), comme l’a dit le Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui). Par Dieu, si tu m’obéis, je les contraindrai à revenir sur leurs positions après qu’ils s’en soient écartés (2). » Ibn ‘Abbâs déconseilla également à ‘Alî — selon ce qu’il lui proposa — de se laisser convaincre par ceux qui lui présentaient comme avantageux de partir (3) pour l’Irak et de quitter Médine. ‘Alî refusa tout cela et prêta plutôt l’oreille aux ordres de ces émirs parmi les kharijites des diverses provinces.
Ibn Jarîr (4) rapporte : « Cette année-là, Constantin fils d’Héraclius se dirigea vers les terres des musulmans à la tête de mille navires. Alors Dieu déchaîna contre lui un vent violent qui le noya, lui et ceux qui l’accompagnaient, par Sa puissance et Sa force. Il n’y eut aucun survivant parmi eux, hormis le roi et un petit groupe de ses gens. Lorsqu’il entra en Sicile, on lui construisit un bain (dans lequel il entra), et ils l’y assassinèrent en lui disant : “C’est toi qui as tué nos hommes.” »
Puis l’an trente-six de l’Hégire débuta. Au commencement de cette année, le Commandeur des croyants ‘Alî ibn Abî Tâlib accéda au califat et nomma des gouverneurs dans différentes provinces. Il désigna ‘Ubayd Allâh (5) ibn ‘Abbâs pour le Yémen, Samra ibn Jundub (6) pour Basra, ‘Amâra ibn Shihâb pour Kûfa, et Qays ibn Sa‘d ibn ‘Ubad (7) pour l’Égypte. Quant à la Syrie, il nomma Sahl ibn Hunayf à la place de Mu‘âwiyya. Il se mit donc en route et atteignit Tabûk, où la cavalerie de Mu‘âwiyya l’intercepta et lui demanda : « Qui es-tu ? » Il répondit : « Un émir. » Ils demandèrent : « Sur quoi reposes-tu ton autorité ? » Il dit : « Sur la Syrie. » Ils répliquèrent : « Si c’est ‘Uthmân qui t’a envoyé, sois le bienvenu ; si c’est un autre, retourne d’où tu viens. » Il leur dit : « N’avez-vous pas entendu ce qui s’est passé ? » Ils répondirent : « Certes si, » et il rebroussa chemin vers ‘Alî.
Pour ce qui est de Qays ibn Sa‘d, les gens d’Égypte se divisèrent à son sujet : la majorité lui prêta allégeance, tandis qu’un groupe déclara : « Nous ne prêterons pas serment tant que nous n’aurons pas tué les meurtriers de ‘Uthmân. » Les habitants de Basra tinrent le même propos.
Quant à ‘Amâra ibn Shihâb, envoyé comme émir sur Kûfa, il fut empêché d’y exercer son autorité par Talha ibn Khuyaylid, mécontent du sort d’‘Uthmân. Il retourna donc auprès de ‘Alî pour l’en informer.