Lorsqu’elle en fut informée, elle demanda à Abou Bakr que son époux soit désigné comme responsable de cette (1) aumône, mais il refusa. Elle en conserva un ressentiment, comme nous l’avons déjà mentionné, ce qui poussa ‘Alî à faire preuve de certaines attentions envers elle. Lorsqu’elle mourut, il renouvela son serment d’allégeance envers As-Siddîq – qu'Allah soit satisfait de lui –. Puis, lorsque Abou Bakr rendit l’âme et qu’Omar accéda au califat, selon le testament d’Abou Bakr, ‘Alî fut parmi ceux qui lui prêtèrent allégeance. Il était à ses côtés et le conseillait dans ses affaires. On raconte même qu’il le nomma juge (qâdî) à l’époque de son califat, et qu’il se rendit avec lui, parmi les élites des grands Compagnons, dans la région syrienne, où il assista à son prêche à al-Jâbiya. Lorsque Omar fut poignardé et désigna un conseil consultatif (shûrâ) composé de six personnes, dont ‘Alî, (puis on en vint à ne plus retenir qu’Othmân et ‘Alî, comme nous l’avons relaté), Othmân devança ‘Alî, lequel l’accepta et lui obéit.
Lorsque Othmân fut tué un vendredi, le dix-huitième jour de dhou l-hijja de l’an trente-cinq (2) de l’Hégire selon l’avis le plus souvent retenu, les gens se tournèrent vers ‘Alî et lui prêtèrent allégeance avant même qu’Othmân ne fût enterré. Certains affirment que cela se fit après son enterrement, comme nous l’avons déjà mentionné. ‘Alî refusa d’abord leur proposition (3) d’assumer l’imamat, malgré leurs instances répétées, et s’éloigna d’eux jusque dans le jardin des Banû ‘Amr ibn Mabdhoul, dont il ferma la porte. Mais les gens vinrent frapper et entrèrent, accompagnés de Talha et d’az-Zoubayr. Ils lui dirent : « Cette affaire ne saurait demeurer sans émir. » Ils ne cessèrent de le presser jusqu’à ce qu’il consente à accepter le califat.
[Sur l’allégeance prêtée à ‘Alî – qu'Allah soit satisfait de lui – comme calife] On raconte que Talha fut le premier à lui jurer fidélité de sa main droite, qui était restée paralysée (4) depuis le jour d’Uhud, lorsqu’il protégea le Messager de Dieu ﷺ. Certains parmi l’assistance déclarèrent alors : « Par Dieu, cette affaire n’ira pas à son terme. » ‘Alî se dirigea vers la mosquée, monta en chaire revêtu d’un izâr et d’un turban de soie, tenant ses sandales en main, s’appuyant sur son arc. La foule s’empressa alors de lui jurer fidélité, le samedi dix-neuvième de dhou l-hijja de l’an trente-cinq.
On rapporte également que Talha et az-Zoubayr ne lui auraient prêté allégeance qu’après l’avoir sollicité pour être nommés gouverneurs de Bassora et de Koufa, mais il leur répondit : « Restez plutôt auprès de moi, je me sentirai plus en confiance avec vous. » D’aucuns prétendent qu’un groupe d’Ansâr ne prêta pas allégeance à ‘Alî, dont Hassân ibn Thâbit, Ka‘b ibn Mâlik, Maslama ibn Mukhallad, Abou Sa‘îd, Mohammed ibn Maslamah, an-Nou‘mân ibn Bachîr, Zayd ibn Thâbit, Râfi‘ ibn Khadîj, Fadâlah ibn ‘Oubaid et Ka‘b ibn ‘Oujrah. Ibn Jarîr (5) le mentionne par la voie d’al-Madâ’inî, selon un cheikh des Banû Hâchim, qui le tenait d’Abdallah ibn al-Hassan.
Al-Madâ’inî dit : « Quelqu’un m’a rapporté avoir entendu az-Zouhrî dire : “Des gens fuirent Médine pour la Syrie sans lui prêter allégeance.” »