Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Chapitre : De ses mérites

Parmi ses mérites les plus éminents et ses grandes bienfaits, il y a le fait qu’il ait réuni les gens autour d’une seule lecture du Coran, et qu’il ait consigné celui-ci selon la dernière récitation que Gabriel fit réviser au Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) dans les dernières années de sa vie. La cause en fut qu’Hudhayfa ibn al-Yaman participa à une expédition militaire où se trouvaient des gens du Shâm (Syrie) — qui lisaient suivant la récitation d’al-Miqdad ibn al-Aswad, Abû al-Dardâʾ, et d’autres — et des gens d’Irak, qui lisaient selon la récitation de ʿAbd Allâh ibn Masʿûd et Abû Mûsâ. Ceux qui ignoraient que le Coran pouvait être récité selon sept variantes se mettaient à vanter leur propre lecture au détriment de celle des autres, allant parfois jusqu’à déclarer l’autre dans l’erreur ou mécréant. Cela entraîna de violentes divergences et un vif échange de propos blessants parmi les fidèles.

Hudhayfa se rendit alors auprès de ʿUthmân et lui dit : « Ô Commandeur des croyants, porte secours à cette communauté avant qu’elle ne se divise à propos de son Livre, comme les Juifs et les Chrétiens se sont divisés sur leurs Écritures. » Il lui fit part de ce qu’il avait constaté comme divergences dans la récitation. Sur ce, ʿUthmân rassembla les Compagnons, les consulta à ce sujet et estima bon de rédiger le Coran sur un seul mode de récitation, avant d’ordonner aux habitants de toutes les régions de s’y conformer, à l’exclusion de toute autre. Il vit en effet dans cette décision l’avantage de mettre fin aux querelles et d’empêcher les divisions.

Il réclama alors les feuillets que le Véridique (Abû Bakr) avait demandé à Zayd ibn Thâbit de rassembler et qui étaient restés en la possession d’Abû Bakr durant sa vie, puis d’ʿUmar après lui. À la mort de ce dernier, ils avaient été confiés à Ḥafṣa, Mère des Croyants. ʿUthmân les envoya donc chercher et ordonna à Zayd ibn Thâbit al-Anṣârî de les recopier, tandis que Saʿîd ibn al-ʿĀṣ al-Umawî lui dictait, en présence de ʿAbd Allâh ibn al-Zubayr al-Asadî et ʿAbd al-Raḥmân ibn al-Ḥārith ibn Hishâm al-Makhzûmî. Il leur recommanda, en cas de divergence, de l’écrire dans la langue des Quraych, clan du Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui). Ils rédigèrent ainsi un exemplaire pour les gens du Shâm, un autre pour ceux d’Égypte, un pour Baṣra, un autre pour Kūfa, un autre encore pour la Mecque et le Yémen, et en conservèrent un exemplaire à Médine. On appelle ces volumes « les Muṣḥaf Imâms » (1). Aucun d’entre eux ne fut toutefois écrit de la main de ʿUthmân, ni même un seul directement par lui ; tous étaient de la main de Zayd ibn Thâbit. Toutefois, on les désigne comme les Corans ʿuthmâniens par référence à son initiative, à l’époque et durant le califat où ils furent produits, tout comme on parle du Dînâr d’Héraclius, c’est-à-dire frappé sous son règne.

Al-Wâqidî (2) rapporte, d’après Ibn Abî Sabrah, lui-même citant Suhayl ibn Abî Ṣâliḥ, qui le tenait de son père, lequel le tenait d’Abû Hurayra (qu’Allâh l’agrée). D’après un autre transmetteur, Abû Hurayra dit : « Lorsque ʿUthmân fit copier les Corans, je vins le voir et lui déclarai : “Tu as vu juste et tu as été bien inspiré. Je témoigne avoir entendu le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) dire : ‘Ceux de ma communauté qui m’aiment le plus sont des gens qui viendront après moi, qui croiront en moi sans m’avoir vu et qui mettront en pratique ce qui se trouve dans le feuillet suspendu (parchemin).’” (3) Je me demandais alors de quel feuillet il s’agissait, jusqu’au jour où je vis ces copies du Coran. » Cette parole plut énormément à ʿUthmân, qui alloua dix mille (dirhams) à Abû Hurayra et lui dit : « Par Dieu, je ne savais pas que tu gardais pour toi un tel hadith de notre Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui). »

(1) Dans A : on dit aussi « elle ». (2) Ṭārīkh Dimashq (p. 237). (3) Rapporté par Ibn ʿAsākir dans la biographie d’Othmān, page (237), par la voie d’al-Wāqidī, dont la chaîne est très faible.
[فصل: [من مناقبه] ] ومن مناقبه الكبار وحسناته العظيمة أنَّه جمعَ الناسَ على قراءة واحدةٍ، وكتب المصحفَ على العرضة الأخيرة، التي درسَها جبريل على رسول الله ﷺ في آخر سنيِّ حياته، وكان سبب ذلك أن حُذَيْفَة بن اليَمان كان في بعض الغزوات، وقد اجتمع فيها خلقٌ من أهل الشام، ممَّنْ يقرأُ على قراءةِ المِقْدادِ بن الأسْود، وأبي الدَّرْداء، وجماعة من أهل العراق، ممَّنْ يَقْرأُ على قراءة عبد الله بن مسعود، وأبي موسى، وجعل من لا يعلم بَسَوغان القراءة على سبعة أحرف، يفضل قراءته على قراءة غيره، وربما خَطَّأ الآخر أو كَفَّره، فأدى ذلك إلى اختلاف شديد، وانتشار في الكلام السيء بين الناس، فركبَ حُذَيْفَة إلى عثمان فقال: يا أمير المؤمنين أدْرِكْ هذه الأمةَ قبلَ أن تختلف في كتابها كاختلافِ اليهود والنصارى في كتبهم. وذكر له مشاهدَ من اختلاف الناس في القراءة، فعند ذلك جمعَ عثمانُ الصحابةَ وشاورهم في ذلك، ورأى أن يكتب المصحف على حرف واحد، وأن يجمعَ الناسَ في سائر الأقاليم على القراءة به، دون ما سواه، لما رأى في ذلك من مصلحةِ كفِّ المنازعةِ، ودفعِ الاختلافِ، فاستدعى بالصُّحف التي كان الصّديقُ أمر زيدَ بن ثابت بجمعها، فكانت عند الصديق أيام حياته، ثم كانت عند عمر، فلما توفي صارت إلى حفصة أم المؤمنين، فاستدعى بها عثمان وأمر زيد بن ثابت الأنصاري أن يكتبَ وأن يمليَ عليه سعيدُ بن العاص الأموي، بحضرة عبد الله بن الزبير الأسدي وعبد الرحمن بن الحارث بن هشام المخزومي، وأمرهم إذا اختلفوا في شيء أن يكتبوه بلغةِ قريشٍ، فكتبَ لأهل الشام مصحفاً، ولأهل مصر آخر، وبعث إلى البصرة مصحفاً وإلى الكوفة بآخر، وأرسل إلى مكة مصحفاً وإلى اليمن مثله، وأقر بالمدينة مصحفاً. ويقال لهذه (١) المصاحف الأئمة، وليست كلها بخطّ عثمان، بل ولا واحد منها، وإنما هي بخطّ زيد بن ثابت، وإنما يقال لها المصاحف العثمانية نسبةً إلى أمره وزمانه، وإمارته، كما يقال دينار هرقلي، أي ضُرب في زمانه ودولته. قال الواقدي (٢) : حدَّثنا ابن أبي سبرة عن سهيل بن أبي صالح عن أبيه عن أبي هريرة. ورواه غيره من وجه آخر عن أبي هريرة قال: لما نسخ عثمان المصاحف دخل عليه أبو هريرة فقال: أصَبْتَ ووُفِّقْتَ، أشهد لسمعتُ رسولَ الله ﷺ يقول: "إنَّ أشدَّ أمتي حُبًّا لي قومٌ يأتون من بعدي يؤمنون بي ولم يروني، يعملون بما في الورق المُعلَّق" (٣) فقلت: أيّ ورق؟ حتى رأيت المصاحف، قال: فأعجب ذلك عثمان، وأمر لأبى هريرة بعشرة آلاف، وقال: والله ما علمتُ أنّك لتحبس علينا حديث نبينا ﷺ .
(١) في أ: ويقال لها. (٢) تاريخ دمشق (٢٣٧). (٣) رواه ابن عساكر في ترجمة عثمان صفحة (٢٣٧) من طريق الواقدي، وهو ضعيف جداً.

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