Chapitre (Fasl)
L’imam Aḥmad rapporta (1) : « Hushaym nous a transmis, d’après Muḥammad ibn Qays al-Asadī, d’après Mūsā ibn Ṭalḥa. Celui-ci dit : “J’ai entendu ‘Uthmān ibn ‘Affān, alors qu’il était sur la chaire et que le muezzin établissait l’iqāma (le début officiel de la prière), interroger les gens à propos de leurs nouvelles et du prix des marchandises (2).” »
Il dit également (3) : « Ismā‘īl ibn Ibrāhīm nous a transmis, d’après Yūnus – c’est-à-dire Ibn ‘Ubayd –, qui me transmit d’‘Aṭā’ ibn Furūkh, affranchi des Qurayshites : ‘Uthmān avait acheté le terrain d’un homme, mais ce dernier tarda à venir récupérer son paiement. Or, ‘Uthmān le rencontra et lui demanda : “Qu’est-ce qui t’a empêché de prendre ton argent ?” L’homme répondit : “Tu m’as lésé ; et tous ceux que je rencontre me font des reproches.” ‘Uthmān reprit : “Est-ce cela qui t’empêche (de récupérer ton paiement) ?” – “Oui !” répondit-il. ‘Uthmān lui dit alors : “Choisis : soit tu reprends ton terrain, soit tu prends ton argent.” Puis il ajouta : “Le Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) a dit : ‘Dieu a fait entrer au Paradis un homme qui se montrait bienveillant lorsqu’il achetait, vendait, jugeait ou réclamait son dû.’” »
Ibn Jarīr rapporta (4) que Ṭalḥa rencontra ‘Uthmān, alors que ce dernier se rendait à la mosquée, et lui dit : « Les cinquante mille qui te sont dus sont prêts ; envoie donc quelqu’un les récupérer (5). » ‘Uthmān lui répondit : « Nous te les avons données par générosité envers toi. »
Al-Aṣma‘ī raconta (6) : « Ibn ‘Āmir nomma Qaṭan ibn ‘Awf al-Hilālī gouverneur de Kirmān. De là, une armée de quatre mille musulmans arriva, et le lit du torrent se mit à couler, bloquant leur chemin. Qaṭan, craignant de perdre l’opportunité de les faire avancer, déclara : “Celui qui traverse le torrent recevra mille dirhams.” Ils se lancèrent donc à la nage (7) pour traverser. Chaque fois qu’un homme atteignait l’autre rive, Qaṭan disait : “Donnez-lui sa récompense.” Ainsi traversèrent-ils tous, et il leur versa quatre mille milliers de dirhams. Ibn ‘Āmir refusa toutefois de les lui compter et écrivit à ce sujet à ‘Uthmān ibn ‘Affān. ‘Uthmān lui répondit : “Compte-les lui, car il n’a fait qu’aider les musulmans dans la voie de Dieu.” C’est ainsi que ce jour-là, on appela ‘récompenses’ (jawāʾiz) le fait de ‘faire passer’ (ijār) le torrent. À ce propos, al-Kinānī composa les vers suivants :
[du mètre wāfir]
Fidā’n lil-akramīna Banī Hilāl… ‘alā ‘illātihim ahlî wa mālî
Humū sannū al-jawāʾiza fī Ma‘add… fa ‘ādat sunnatan ukhrā al-layālî
Rimāḥuhum tazīdu ‘alā thamān… wa ‘ashr qabl tarkīb an-niṣālî
Ce que l’on peut traduire ainsi :
“Je sacrifierais mes proches et mes biens pour ces hommes généreux, les Banū Hilāl, même s’ils présentent leurs défauts.
Ce sont eux qui ont instauré la coutume des ‘récompenses’ au sein de Ma‘add, et les jours l’ont fait perdurer en une autre tradition.
Leurs lances dépassent la longueur de vingt-huit, avant même qu’on n’y fixe les pointes.””