Ils voulaient qu’il (ʿUthmān) livre Marwān aux gens ou qu’il se démette lui-même de sa charge, afin de se libérer de cette épreuve pressante. Quant à le tuer, personne (1) ne s’attendait à ce que cela se produise, ni ne pensait que ces hommes oseraient aller jusque-là, jusqu’à ce que l’inéluctable arrive. Dieu est plus savant.
Deuxièmement, les Compagnons défendirent ʿUthmān avec la plus grande fermeté. Cependant, lorsque la pression s’intensifia, ʿUthmān ordonna aux gens de cesser le combat et de ranger leurs armes, ce qu’ils firent. Dès lors, les assiégeants purent accomplir ce qu’ils voulaient. Malgré cela, personne (parmi les gens) ne se doutait qu’il serait tué réellement.
Troisièmement, ces kharijites profitèrent de l’absence d’un grand nombre d’habitants de Médine [ou de la majorité d’entre eux] pendant le pèlerinage, et du fait que les armées n’étaient pas encore arrivées des provinces pour apporter leur soutien. Alors que l’approche de ces renforts était imminente, ils saisirent l’occasion – que Dieu les défigure – et commirent cet acte terrible.
Quatrièmement, ces kharijites étaient près de deux mille combattants aguerris. Il se peut que la population de Médine ne comptât pas autant de combattants, car les gens se trouvaient aux frontières, dans diverses provinces ou bien en pèlerinage. De plus, nombre de Compagnons [avait déjà] choisi de se retirer de cette fitna (discorde) et restaient chez eux. Ceux d’entre eux qui assistaient encore à la prière n’y allaient qu’avec leur épée, posée à portée de main lorsqu’ils s’asseyaient, tandis que les kharijites cernaient la maison de ʿUthmān (que Dieu l’agrée). Il se peut que, même s’ils avaient voulu repousser ces rebelles, ils n’y seraient pas parvenus. Cependant, [il se trouve que] les grands Compagnons avaient envoyé leurs fils à la demeure pour défendre ʿUthmān (que Dieu l’agrée) en attendant l’arrivée des armées venant des provinces à son secours. Or, les gens furent surpris de voir les kharijites s’emparer de la maison de l’extérieur, brûler sa porte, escalader ses murs et finalement le tuer.
Quant à ce que certains racontent, à savoir que certains Compagnons l’auraient trahi et auraient approuvé son assassinat, cela n’est attesté par aucun d’entre eux (3). Tous, au contraire, détestaient cet acte, le rejetaient, et maudissaient celui qui l’avait commis. Toutefois, (certains) auraient souhaité qu’il se désiste de lui-même, comme ʿAmmār ibn Yāsir, Muḥammad ibn Abī Bakr, (ʿAmr) ibn al-Ḥamaq et d’autres (4).
Abū ʿUmar ibn ʿAbd al-Barr (5) rapporta qu’on ensevelit ʿUthmān (que Dieu l’agrée) dans le cimetière de Ḥush Kawkab, qu’il avait acheté et annexé au Baqīʿ.
L’un des pieux prédécesseurs (6) s’exprima à juste titre lorsqu’il fut interrogé au sujet de ʿUthmān : « Il est l’émir des justes, et la victime des injustes. Trahi par celui qui l’a abandonné, il est secouru par celui qui l’a soutenu. »