Un homme parmi les Ansâr entra auprès de ‘Uthmân et lui dit : « Retourne, ô fils de mon frère, car tu ne seras pas mon meurtrier. » Il répondit : « Et comment le sais-tu (1) ? » Il dit : « Parce que le Prophète (ﷺ) t’a présenté (à lui) le septième jour (après ta naissance), il t’a donné à mâcher (ce que l’on met dans la bouche du nouveau-né) et a invoqué la bénédiction pour toi. » Ensuite, un autre homme des Ansâr entra et lui tint les mêmes propos exactement.
Puis Muhammad ibn Abî Bakr entra et dit : « Toi, tu seras mon meurtrier. » ‘Uthmân demanda : « Comment le sais-tu, ô Na‘thal ? » Il répondit : « Parce que l’on t’a présenté au Messager de Dieu (ﷺ) le septième jour (après ta naissance) pour qu’il te fasse goûter (le morceau à mâcher) et qu’il invoque la bénédiction pour toi, mais tu as alors déféqué… » Là-dessus, il (Muhammad ibn Abî Bakr) se jeta sur sa poitrine, agrippa sa barbe et le frappa avec les pointes de flèches qu’il tenait à la main. Ce hadith est très étrange et contient des éléments improbables.
(Il est établi) par plusieurs voies que la première goutte de son sang tomba sur ce verset : « Dieu te suffira contre eux. Il est l’Audient, l’Omniscient » (al-Baqara, 2 :137). Il est également rapporté qu’il était en train de réciter ce verset lorsqu’ils entrèrent chez lui, ce qui n’a rien d’étonnant, car il avait posé le moushaf et lisait le Coran.
Ibn ‘Asâkir (2) rapporte que, lorsqu’il fut poignardé, il dit : « Au nom de Dieu, je place ma confiance en Dieu. » Puis, quand le sang coula (3), il s’écria : « Gloire à Dieu le Magnifique ! »
Ibn Jarîr a mentionné dans son « Târikh » (4), avec ses chaînes de transmission, que lorsque les Égyptiens trouvèrent la lettre envoyée par porteur rapide au gouverneur d’Égypte — lettre ordonnant de tuer certains d’entre eux, d’en crucifier d’autres et de couper les mains et les pieds de certains — celle-ci avait été écrite par Marwân ibn al-Hakam, au nom de ‘Uthmân. Il s’appuyait pour cela sur la parole de Dieu : « La sanction de ceux qui font la guerre à Dieu et à Son Messager et qui s’efforcent de semer la corruption sur terre, c’est qu’ils soient tués, crucifiés ou qu’on leur coupe la main et le pied opposés, ou bien qu’ils soient bannis du pays. Cela sera pour eux un déshonneur ici-bas, et ils auront dans l’au-delà un châtiment terrible » (al-Mâ’ida, 5 :32-33). Selon lui, ces gens qui s’étaient soulevés contre l’Émir des croyants ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) faisaient partie des corrupteurs sur terre, ce qui est indéniable. Cependant, il n’avait pas le droit de devancer ‘Uthmân ni d’écrire en son nom sans son autorisation, de falsifier son écriture et son sceau, et d’envoyer son serviteur avec son chameau après la conclusion de l’accord de réconciliation entre ‘Uthmân et les Égyptiens, qui prévoyait de nommer Muhammad ibn Abî Bakr gouverneur d’Égypte, contredisant ainsi entièrement cet accord.
C’est pourquoi, lorsque les Égyptiens trouvèrent cette lettre en contradiction avec ce qui avait été convenu, et crurent qu’elle venait de ‘Uthmân, ils le prirent très mal, d’autant plus qu’ils nourrissaient déjà de mauvaises intentions. Ils retournèrent donc à Médine et montrèrent cette lettre aux principaux Compagnons. D’autres gens se joignirent à eux, au point que certains Compagnons crurent qu’elle émanait réellement de ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée). Lorsqu’on interrogea ‘Uthmân (qu’Allah l’agrée) au sujet de cette lettre, en présence d’un groupe important de Compagnons éminents et de la majorité des Égyptiens, il jura solennellement par Dieu — et il était véridique, pieux et bien dirigé — qu’il n’avait pas écrit cette lettre, ne l’avait pas dictée à celui qui l’avait rédigée et n’en avait pas connaissance.
On lui dit : « Pourtant, elle porte ton sceau. » Il répondit : « Un homme peut bien falsifier son écriture et son (sceau). » Ils lui dirent : « Mais elle était avec ton serviteur. »