Le hâfiẓ Ibn ʿAsâkir (1) rapporte que lorsque ʿUthmân exhorta les gens présents dans sa maison à s’en aller et qu’il ne resta plus auprès de lui que sa famille, ils escaladèrent sa demeure, mirent le feu à la porte et pénétrèrent auprès de lui. Il n’y avait parmi eux aucun Compagnon, ni aucun de leurs enfants, à l’exception de Muḥammad ibn Abī Bakr. Certains réussirent à l’atteindre avant lui et le frappèrent jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Les femmes se mirent à crier, ce qui effraya les assaillants, et ils ressortirent. Muḥammad ibn Abī Bakr entra alors, pensant qu’il était déjà mort. Quand il le vit reprendre connaissance, il lui demanda : « De quelle religion (2) es-tu, ô Naʿthal ? » Il répondit : « Je suis de la religion de l’islam, et je ne suis pas Naʿthal, je suis plutôt l’Émir des croyants. » Il dit alors : « Tu as modifié le Livre de Dieu. » ʿUthmân répondit : « Le Livre de Dieu est entre vous et moi. » Puis Muḥammad ibn Abī Bakr s’approcha, lui saisit la barbe et s’exclama : « Il ne nous sera pas accepté au Jour de la Résurrection de dire : “Ô notre Seigneur, nous avons obéi à nos chefs et à nos grands, et ils nous ont égarés de la bonne voie” » [Coran 33 : 67]. Ensuite, il le traîna de la maison à la porte, en répétant : « Ô fils de mon frère, ton père n’aurait jamais saisi ma barbe. »
Un homme de la tribu de Kindah venu d’Égypte, surnommé « Himâr » et appelé Abū Rūmân, survint. Selon Qatâdah, il se nommait Rūmân ; d’autres ont dit qu’il était blond aux yeux bleus, et certains affirment qu’il se nommait Sūdân ibn Rūmân al-Murādî. D’après Ibn ʿUmar, celui qui tua ʿUthmân était Aswad ibn Ḥumrân, qui l’attaqua à la lance, le sabre dégainé. Ensuite, il s’approcha de sa poitrine pour le frapper et le terrassa (3). Il posa ensuite le tranchant de l’épée sur son ventre, appuya et força jusqu’à l’achever. Nāʾilah (l’épouse de ʿUthmân) voulut le protéger, mais l’épée lui trancha les doigts. On rapporte aussi que Muḥammad ibn Abī Bakr le poignarda avec des pointes de flèche dans l’oreille, au point que celles-ci pénétrèrent sa gorge. Toutefois, il est plus probable qu’un autre commit cet acte, tandis que lui éprouva de la honte lorsque ʿUthmân lui dit : « Tu as saisi une barbe que ton père honorait. » Il s’en sentit coupable (4), se couvrit le visage, fit marche arrière et tenta de le protéger, mais sans succès. L’ordre de Dieu s’accomplit alors, car c’était un décret inévitable, déjà inscrit dans le Livre.
Ibn ʿAsâkir (5) rapporte, d’après Ibn ʿAwn, que Kinânah ibn Bishr frappa le front et le devant de la tête de ʿUthmân avec une barre de fer, le faisant choir sur le flanc. Puis Sūdân ibn Ḥumrân al-Murâdî, après l’avoir vu tombé, lui porta le coup fatal. Quant à ʿAmr ibn al-Ḥamq, il se jeta sur ʿUthmân, s’assit sur sa poitrine alors qu’il respirait encore faiblement, et lui asséna neuf coups de poignard, en disant : « Trois de ces coups étaient pour Dieu, et six pour ce que j’avais en moi contre lui. »
Aṭ-Ṭabarânî (6) rapporte : « Aḥmad ibn Muḥammad ibn Ṣidqah al-Baghdâdî et Isḥâq ibn Dâwud aṣ-Ṣawwâf at-Tustarî nous ont transmis : Muḥammad ibn Khâlid ibn Khidâsh nous raconta, Salm (7) ibn Qutaybah nous rapporta, d’après Mubârak, d’après al-Ḥasan, qui dit : “Le bourreau d’ʿUthmân me raconta...” »