Effacez l’erreur (1) par ce qui est juste, car Dieu n’efface le mal que par le bien. Alors, Muhammad ibn Maslama se leva et déclara : « J’en témoigne. » Hakîm ibn Jibla s’empara alors de lui et le fit asseoir. Puis Zayd ibn Thâbit se leva et dit : « Cela figure dans le Livre. » De l’autre côté, Muhammad ibn Abî Murayra (2) s’avança, le fit asseoir et l’interpella : « Ô misérable ! » Les gens se soulevèrent tous ensemble et lancèrent des pierres sur l’assistance jusqu’à les chasser de la mosquée. Ils lancèrent aussi des pierres sur ‘Uthmân jusqu’à ce qu’il fût renversé de la chaire, inconscient. On l’emporta alors et on l’introduisit dans sa demeure. Les Égyptiens ne comptaient sur le soutien de personne, si ce n’était Muhammad ibn Abî Bakr, Muhammad ibn Ja‘far et ‘Ammâr ibn Yâsir.
‘Alî, Talha et az-Zubayr se rendirent auprès de ‘Uthmân, accompagnés de quelques personnes, pour lui rendre visite et lui faire part de leur peine et de ce qui avait frappé la communauté. Puis ils retournèrent chez eux. Un groupe de Compagnons, parmi lesquels Abû Hurayra, Ibn ‘Umar et Zayd ibn Thâbit, se prépara à combattre pour défendre ‘Uthmân, mais celui-ci leur envoya un message leur ordonnant, sous serment, de ne pas agir et de demeurer en paix jusqu’à ce que Dieu décide ce qu’Il veut.
(3) On rapporte ensuite l’histoire du siège de l’Émir des croyants, ‘Uthmân ibn ‘Affân. Après que ce qui s’était produit un vendredi fut arrivé, l’Émir des croyants ‘Uthmân fut blessé à la tête alors qu’il se tenait sur le minbar, puis il tomba inconscient et fut porté jusqu’à sa maison. La situation s’aggrava, car ces gens frustes, mêlés de diverses tendances, tournèrent leurs ambitions vers lui, l’acculèrent dans sa demeure, l’encerclèrent et l’assiégèrent. De nombreux Compagnons restèrent cloîtrés chez eux. Un groupe de fils de Compagnons, mandatés par leurs pères – parmi lesquels al-Hasan, al-Husayn, ‘Abd Allâh ibn az-Zubayr (qui assurait l’ordre dans la maison) et ‘Abd Allâh ibn ‘Amr – vint auprès de lui, plaidant en sa faveur et le défendant de sorte que personne ne puisse l’atteindre. D’autres l’abandonnèrent, espérant qu’il accéderait à l’une des demandes des assaillants, qui voulaient soit qu’il se démette de sa fonction, soit qu’il leur livre Marwân ibn al-Hakam. Personne toutefois ne pensait que le meurtre fît partie des intentions de ces rebelles (4). ‘Uthmân cessa alors de fréquenter la mosquée : il sortait au début encore un peu, puis ne sortit plus du tout. Durant cette période, c’était al-Ghâfiqî ibn Harb qui dirigeait la prière (an-Nâs). Le siège (5) dura plus d’un mois – certains disent quarante jours – et se termina par le martyre de ‘Uthmân (que Dieu l’agrée), comme nous l’expliquerons, si Dieu le veut.
Ibn Jarîr rapporte que, durant la période où ‘Uthmân était assiégé, celui qui dirigeait la prière était Talha ibn ‘Ubayd Allâh (6). Al-Wâqidî raconte pour sa part qu’‘Alî dirigea également la prière, tout comme Abû Ayyûb, et que Sahl ibn Hunayf les dirigea un temps et présidait aussi la prière du vendredi.