Ils le saisirent et le fouillèrent. Ils découvrirent qu’il portait dans une gourde une lettre (1), rédigée au nom d’Othmân, y prescrivant de tuer certains (parmi eux), d’en crucifier d’autres et de couper les mains et les pieds de quelques-uns. La lettre était scellée du cachet d’Othmân, et le coursier était l’un des serviteurs d’Othmân, monté sur son chameau. À leur retour, ils présentèrent la lettre et la firent circuler parmi la population. Les gens interpellèrent alors le Commandeur des croyants à ce sujet, et il déclara : « Apportez-moi la preuve de cela, sinon par Dieu, je n’ai ni écrit (2), ni dicté, ni eu connaissance de quoi que ce soit. Le cachet peut être contrefait. » Les véridiques le crurent, tandis que les menteurs le traitèrent de menteur.
On rapporte aussi que les gens d’Égypte avaient demandé à Othmân de révoquer Ibn Abî Sarh et de leur désigner comme gouverneur Muhammad ibn Abî Bakr ; il accéda à leur demande. Lorsqu’ils trouvèrent (3) ce courrier porteur d’instructions de mettre à mort Muhammad ibn Abî Bakr [et d’autres avec lui], ils firent demi-tour (4) avec une grande colère contre lui et montrèrent la lettre à la population, si bien que l’affaire s’enracina dans l’esprit de beaucoup.
Ibn Jarîr (5) rapporte, selon la chaîne de transmission par Muhammad ibn Ishâq, d’après son oncle ‘Abd ar-Rahmân ibn Yassar, que celui qui portait ce message d’Othmân à destination de l’Égypte était Abû al-Awr as-Sulamî, monté sur le chameau d’Othmân. Ibn Jarîr (6) mentionne aussi, par cette voie, que les Compagnons auraient écrit de Médine vers les provinces pour ordonner aux gens de se présenter et de combattre Othmân, mais c’est là un mensonge qu’on leur a attribué : des lettres avaient été falsifiées, tout comme des courriers avaient été fabriqués au nom de ‘Alî, Talha et az-Zubayr, adressés aux kharijites, et ils les avaient désavoués. De la même manière, cette lettre fut également forgée au nom d’Othmân, car il n’en avait donné aucun ordre, ni même connaissance.
Pendant ce temps, Othmân continuait à diriger la prière en ces jours, considérant que ses opposants étaient à ses yeux plus insignifiants que la poussière. Jusqu’à ce qu’un vendredi, tandis qu’il se trouvait sur le minbar, s’appuyant sur le bâton dont le Messager de Dieu (ﷺ) se servait pour prêcher, de même qu’Abû Bakr et ‘Umar (qu’Allah les agrée) après lui, un homme parmi eux se leva, l’injuria, s’en prit à lui et le fit descendre de la chaire. Dès ce jour, les gens nourrirent l’espoir de l’emporter sur lui. Comme l’a mentionné al-Wâqidî (7) : « Usâma ibn Zayd nous a rapporté, d’après Yahyâ ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn Hâtib, d’après son père, qu’un jour, tandis que je regardais Othmân [en train de prêcher] avec le bâton du Prophète (ﷺ), utilisé également par Abû Bakr et ‘Umar, Jahjâh lui dit : “Lève-toi, ô Na‘thal (8), descends de ce minbar !” Et il s’empara du bâton, qu’il brisa sur son genou droit ; il en resta une écharde (qui y pénétra), et la plaie demeura jusqu’à ce qu’elle s’infecte et que j’y voie apparaître des vers. »