Ils ont déclaré qu’ils n’étaient [en réalité] venus que pour le pèlerinage, et non à d’autres fins, et afin de demander à ce gouverneur de les relever de certains de ses agents : « Nous ne sommes venus que pour cela. » Ils sollicitèrent l’autorisation d’entrer (1), mais tout le monde leur refusa l’accès et l’en interdit. Ils osèrent alors avancer et s’approcher de la ville. Un groupe de gens d’Égypte se rendit auprès de ʿAlî tandis qu’il se trouvait (2) en camp près d’Ahjâr al-Zayt (3), vêtu d’une ḥulla en afwâf (4), coiffé d’une shuqayqa (5) rouge du Yémen, ceint de son épée, sans porter de chemise.
Il avait envoyé son fils al-Ḥasan auprès de ʿUthmân avec ceux qui s’étaient rassemblés autour de lui. Les Égyptiens saluèrent ʿAlî, mais il s’écria contre eux, les repoussa et dit : « Les vertueux savent que l’armée de Dhû al-Marwa et celle de Dhû Khushub sont maudites selon la parole de Muḥammad ﷺ. Repartez, que Dieu ne vous accorde point le matin !» Ils répondirent : « Oui ! », puis s’en allèrent de chez lui sur ces mots. De leur côté, les Basriens vinrent trouver Ṭalḥa, qui se tenait avec un autre groupe à proximité (lui aussi avait envoyé ses fils à ʿUthmân). Ils le saluèrent, mais il les invectiva, les écarta et leur adressa les mêmes propos que ʿAlî aux Égyptiens. Quant à al-Zubayr, il traita de la même façon les gens de Kūfa. Ainsi, chaque groupe (d’entre eux) retourna vers les siens ; ils firent croire aux gens qu’ils repartaient chez eux, et marchèrent plusieurs jours en direction de leurs régions, avant de rebrousser chemin pour revenir à Médine.
Bientôt, les habitants de la ville entendirent des acclamations de takbîr : ces groupes s’étaient avancés sur Médine et l’avaient encerclée. La plupart se tenaient près de la maison de ʿUthmân ibn ʿAffân et disaient au peuple : « Qui s’abstient (de combattre) est en sûreté !» Les gens restèrent donc les bras croisés et demeurèrent chez eux, et ainsi se poursuivirent les choses durant plusieurs jours. Pour autant, nul (parmi la population) ne savait ce que les assiégeants s’apprêtaient à faire, ni quelle était leur intention. Pendant tout ce temps, le Commandeur des croyants, ʿUthmân ibn ʿAffân (– qu'Allah soit satisfait de lui –), sortait de sa demeure pour diriger la prière ; les habitants de Médine, ainsi que les autres, priaient derrière lui. Les Compagnons allèrent trouver ces hommes pour les réprimander et les blâmer d’être revenus, au point que ʿAlî demanda aux Égyptiens : « Qu’est-ce qui vous a fait revenir après votre départ et l’abandon de votre projet ? » Ils répondirent : « Nous avons découvert, grâce à un courrier, une lettre ordonnant de nous mettre à mort » – de même que les Basriens le dirent à Ṭalḥa, et les Kūfiens à al-Zubayr.
Les gens de chaque région dirent : « Nous ne sommes (7) venus que pour secourir nos compagnons. » Les Compagnons leur répondirent : « Comment l’auriez-vous appris de vos compagnons alors que vous vous êtes séparés, avec plusieurs étapes entre vous ? Vous vous êtes assurément concertés pour cela. » Ils répliquèrent : « Interprétez-le comme vous voudrez, nous n’avons que faire de cet homme. Qu’il se retire et nous nous retirerons ! » – sous-entendant (qu’il) renonce à son califat pour qu’ils le laissent en paix. Et on rapporte que, lorsqu’ils étaient repartis vers leurs contrées (8), les Égyptiens trouvèrent sur leur chemin un courrier en route