«Vers Toi, ô Dieu, je suis le premier à me repentir de ce que j’ai commis.» Puis il laissa couler ses larmes, et tous les musulmans se mirent à pleurer. Les gens éprouvèrent alors une vive compassion pour leur imam. ‘Uthmān fit témoigner les gens au sujet de sa propre personne, déclarant qu’il suivrait désormais la même voie que les deux Cheikhs, Abū Bakr et ‘Umar (– qu'Allah soit satisfait de lui –). Il ouvrit (1) sa porte à toute personne souhaitant entrer, sans en empêcher qui que ce fût. Puis il descendit et dirigea la prière avec les fidèles, avant de regagner sa demeure. Dès lors et pendant un temps, quiconque souhaitait s’adresser à l’Émir des croyants pour un besoin, une question ou une requête, ne trouvait aucune entrave.
Al-Wāqidī rapporte : «‘Alī ibn ‘Umar m’a transmis, d’après son père : après le départ des Égyptiens, ‘Alī se rendit auprès de ‘Uthmān et lui dit : “Parle de manière que les gens (2) t’entendent et puissent témoigner de tes propos ; que Dieu soit Témoin de ta détermination à renoncer et à revenir vers Lui. En effet, le pays s’est soulevé contre toi, et je crains qu’un autre groupe ne vienne (3) de Kūfa ; tu diras alors : ‘Ô ‘Alī, va à leur rencontre.’ Puis qu’un autre groupe arrive de Basra, et tu diras : ‘Ô ‘Alī, va à leur rencontre.’ Si je ne m’exécute pas, tu rompras alors tes liens de parenté avec moi et mépriseras mon droit.” »
‘Uthmān sortit donc et prononça le prône où il renonça à ses actes antérieurs et déclara devant tous son repentir : il loua Dieu, Le remercia comme Il mérite de l’être, puis dit : « Ô gens ! Par Dieu, ceux qui m’ont critiqué ne l’ont pas fait au sujet d’une chose que j’ignorais. Je n’ai commis aucun acte sans en avoir conscience, mais mon bon sens a flanché. J’ai pourtant entendu le Messager de Dieu (ﷺ) dire :
“Celui qui chute qu’il se repente, et celui qui commet une erreur qu’il se repente, qu’il ne persiste pas dans la perdition. Car celui qui s’obstine dans l’injustice s’éloignera davantage de la juste voie.” (4)
Je suis donc le premier (5) à prendre ce conseil pour moi-même. Je demande pardon à Dieu pour ce que j’ai fait, et je me repens. Qui, mieux que moi, devrait revenir sur ses pas et se repentir ? Lorsque je descendrai (de la chaire), que vos notables me rejoignent. Par Dieu, je serai tel l’homme asservi : si on le maintient captif, il patiente, et s’il est affranchi, il remercie. Il n’est pas d’autre refuge que vers Dieu. »
Alors les gens furent pris de pitié pour lui ce jour-là ; beaucoup pleurèrent. Sa‘īd ibn Zayd se leva et dit : « Ô Émir des croyants, crains Dieu pour ton propre bien et persévère dans la démarche que tu viens d’annoncer. » Quand ‘Uthmān regagna sa demeure, il y trouva déjà rassemblés plusieurs grands notables. Mervān ibn al-Ḥakam arriva et demanda : « Ô Émir des croyants, puis-je parler ou dois-je me taire ? » Depuis derrière le rideau, l’épouse de ‘Uthmān, Nāʾila bint al-Farāfiṣa al-Kalbiyya, s’exclama : « Tais-toi ! Par Dieu, ils vont le tuer, et il vient de dire des paroles dont il ne convient pas de se rétracter. » Mervān rétorqua : « Pourquoi t’en mêles-tu ? Par Dieu, ton père est mort sans même savoir se purifier (pour la prière). » Elle lui répondit : « Épargne-nous le rappel des pères », puis elle attaqua le père de Mervān, al-Ḥakam. Celui-ci s’éloigna d’elle et s’adressa de nouveau à ‘Uthmān : « Ô Émir des croyants, dois-je parler ou me taire ? » Et ‘Uthmān de lui répondre : « Parle. » Alors Mervān reprit : « Que mon père et ma mère te soient sacrifiés ! Comme j’aurais souhaité que tu aies tenu ce discours alors que tu étais encore en position de force (7). »»