Le reproche portait sur la zone protégée (1), sur le fait qu’il aurait brûlé des exemplaires du Coran, accompli la prière dans son intégralité, confié l’autorité à de jeunes gens (en délaissant les grands Compagnons), et gratifié (2) les Banû Umayya plus que les autres.
‘Alî (3) répondit à cela : « Quant à la zone protégée, elle fut réservée aux chameaux de la Zakât pour qu’ils engraissent, et non à ses propres chameaux ou brebis. De plus, ‘Umar l’avait déjà instaurée avant lui. Concernant les exemplaires du Coran, il n’en a brûlé que ceux où existaient des divergences, tout en préservant ceux sur lesquels le consensus existait, conformément à la dernière révision. Pour ce qui est d’avoir accompli la prière en entier à La Mecque, c’est parce qu’il s’y était marié et projetait d’y résider, d’où le fait qu’il ait prié la prière complète. Au sujet de la nomination de jeunes gouverneurs, il n’a désigné que des hommes intègres et justes. D’ailleurs, le Messager de Dieu (ﷺ) nomma ‘Atâb ibn Asîd (gouverneur de La Mecque) alors qu’il avait vingt ans (seulement), et il désigna également Usâma ibn Zayd ibn Hâritha. Les gens critiquèrent alors son commandement, et le Prophète dit : “Il est assurément digne de l’autorité.” (4) Quant au fait de privilégier les siens, les Banû Umayya, le Messager de Dieu (ﷺ) favorisait déjà Quraysh par rapport aux autres. Par Dieu, si la clé du Paradis était en ma possession, j'y ferais entrer les Banû Umayya. »
On relate également qu’on lui reprocha son attitude à l’égard de ‘Ammâr et de Muhammad ibn Abî Bakr, et ‘Uthmân expliqua son point de vue à ce sujet, précisant qu’il avait agi envers eux deux (6) comme il se devait. On lui en voulut de même pour avoir accueilli Al-Hakam ibn Abî Al-‘Âs, alors que le Messager de Dieu (ﷺ) l’avait exilé à Tâ’if. ‘Uthmân rappela que le Messager de Dieu (ﷺ) l’avait d’abord exilé à Tâ’if, puis fait revenir, puis de nouveau exilé. Ceci revient donc à dire : il l’avait banni, puis autorisé à revenir.
On rapporte qu’‘Uthmân prit la parole devant les Compagnons et expliqua chaque point en présence de plusieurs d’entre eux, qui confirmèrent la véracité de ses propos. Selon d’autres sources, ils dépêchèrent un groupe pour entendre son discours : une fois ses arguments exposés et toute incertitude dissipée, il ne leur resta alors plus aucun prétexte. Certains Compagnons conseillèrent à ‘Uthmân de les sanctionner, mais il leur pardonna et (les) renvoya auprès de leur peuple, d’où ils repartirent déçus, sans avoir réalisé ce qu’ils espéraient. ‘Alî retourna alors voir ‘Uthmân pour l’informer de leur désistement et du fait qu’ils avaient reconnu ses explications. Il lui suggéra ensuite de s’adresser à nouveau aux gens dans un prône, pour présenter ses excuses quant aux faveurs accordées à certains de ses proches, tout en attestant devant eux qu’il s’en repentait et qu’il reviendrait à la conduite des deux Cheikhs qui l’avaient précédé (8), comme il l’avait fait durant les six premières années de son califat. ‘Uthmân écouta ce conseil et s’y plia.
Quand vint le vendredi, au moment de prononcer le sermon, il leva les mains au milieu de la khoutba et dit : « Ô Dieu, je Te demande pardon et je reviens à Toi. »