Nous avons étendu pour vous l’offrande de notre honneur, et vous y avez profondément enraciné vos semailles… vous bâtissez au cœur de la poussière.
(1) Alors ‘Uthmân dit : « Tais-toi, puisse-tu ne jamais te taire ! Laisse-moi avec mes compagnons. Pourquoi parles-tu ainsi ? Ne t’avais-je pas déjà ordonné de ne rien dire ? » Marwân se tut, et ‘Uthmân descendit.
(2) Sîf ibn ‘Umar et d’autres ont rapporté que lorsque ‘Uthmân prit congé de Mu‘âwiya, alors qu’il s’apprêtait à quitter Médine pour la Syrie, ce dernier lui proposa de partir avec lui, car son peuple obéissait largement à ses émirs. ‘Uthmân répondit : « Je ne veux pas d’autre voisinage que celui du Messager de Dieu (ﷺ). » Mu‘âwiya proposa alors : « Préfères-tu que je mette à ta disposition une armée de Syrie qui demeurerait auprès de toi et te soutiendrait ? » ‘Uthmân répondit : « Je crains de gêner, par leur présence, les compagnons du Messager de Dieu (ﷺ) parmi les Émigrés et les Ansâr dans sa ville. » Mu‘âwiya répliqua : « Par Dieu, ô Commandeur des Croyants, tu seras certes victime d’un complot — ou il dit : “tu seras attaqué” —. » Et ‘Uthmân de répondre : « Dieu me suffit, et Il est le Meilleur Garant. »
Mu‘âwiya sortit alors, le sabre ceint et l’arc à la main. Il passa devant un groupe de Muhâjirûn et d’Ansâr, parmi lesquels se trouvaient ‘Alî ibn Abî Tâlib, Talha et az-Zubayr. Il s’arrêta auprès d’eux, s’appuya sur son arc et prononça un discours éloquent exhortant à protéger ‘Uthmân ibn ‘Affân (que Dieu l’agrée) et à le défendre contre ses ennemis, puis il s’en alla. Az-Zubayr dit alors : « Je ne l’ai jamais vu plus impressionnant à mes yeux que ce jour. »
(3) Ibn Jarîr rapporte que Mu‘âwiya commença à pressentir en lui-même une ambition à partir de ce voyage auprès de ‘Uthmân à Médine, car il avait entendu un chant — scandé lors du pèlerinage cette année-là — qui disait (en rajaz) :
« Les montures rapides et les arcs bandés savent
Qu’après lui l’émir sera ‘Alî,
Qu’az-Zubayr est un digne successeur,
Et que Talha, le va-nu-pieds, en sera le protecteur. »
(4) Alors Ka‘b al-Ahbâr, qui cheminait derrière ‘Uthmân, s’exclama : « Par Dieu, l’émir après lui sera celui qui monte la mule grise ! » — et il désigna Mu‘âwiya.
(5) Lorsque Mu‘âwiya entendit ces propos, ils ne quittèrent plus son esprit, jusqu’à ce que surviennent les événements que nous mentionnerons en temps voulu, s’il plaît à Dieu, en qui nous plaçons toute notre confiance.