Le Messager d’Allah (que la paix et le salut soient sur lui) est plus éminent que lui. Pourquoi alors nierait-on qu’il puisse revenir en ce monde, alors qu’il est plus noble que Jésus fils de Marie (que la paix soit sur lui) ? Ensuite, il dit : « Il avait fait son testament à ‘Alî ibn Abî Tâlib ; or Muhammad est le Sceau des Prophètes, et ‘Alî est le Sceau des légataires. » Puis il ajoute : « Il est plus en droit de l’autorité que ‘Uthmân, tandis que ‘Uthmân exerce indûment un pouvoir qui ne lui revient pas. » Les gens dénoncèrent ce propos et mirent en avant le commandement d’ordonner le bien et d’interdire le mal. Beaucoup de personnes d’Égypte furent troublées par ces dires ; ils écrivirent à différents groupes de la population de Koufa et de Bassora, se rapprochèrent les uns des autres, échangèrent des courriers et convinrent de s’unir pour dénoncer ‘Uthmân. Ils dépêchèrent auprès de lui des émissaires pour débattre et lui rappeler les griefs qu’on lui faisait : avoir nommé ses proches et écarté les grands Compagnons. Cela toucha le cœur de nombreuses gens. En réponse, ‘Uthmân ibn ‘Affân convoqua ses gouverneurs des provinces et les consulta ; ils lui conseillèrent ce que nous avons mentionné précédemment. Et Allah sait mieux.
Al-Wâqidî (1) rapporta, d’après ‘Abd Allâh ibn Muhammad, d’après son père : lorsque vint la trente-quatrième année, beaucoup de gens se dressèrent contre ‘Uthmân ibn ‘Affân et lui adressèrent (2) les pires propos jamais entendus. Les gens dirent alors à ‘Alî (ibn Abî Tâlib) d’aller le voir. ‘Alî se rendit auprès de ‘Uthmân et lui dit : « Les gens m’ont parlé de toi et m’ont chargé de te rencontrer. Par Allah, je ne sais que te dire, ni ne vois quoi t’indiquer que tu ignores. Je ne prétends pas t’apprendre ce dont tu n’aurais pas déjà connaissance. Tu sais, tout comme nous savons, et nous ne t’avons pas précédé pour avoir à te l’enseigner ; nous ne nous sommes pas retrouvés seuls avec le Messager d’Allah (que la paix et le salut soient sur lui) pour t’en informer par la suite ; nous n’avons pas non plus été privilégiés par des secrets cachés dont tu n’aurais pas eu conscience. Au contraire, tu as vu et entendu, tu as accompagné le Messager d’Allah (que la paix et le salut soient sur lui) et tu as bénéficié de son alliance familiale. Ni Ibn Abî Quhâfa n’était plus digne que toi d’agir selon la vérité, ni Ibn Al-Khattâb n’était plus en droit que toi en matière de bien. De plus, tu es plus proche du Messager d’Allah (que la paix et le salut soient sur lui) par le lien de parenté, et tu as obtenu son alliance, ce que les deux autres n’ont pas eu, et ils ne t’ont devancé en rien.
Je t’adjure par Allah de craindre pour toi-même, car tu n’es pas dans l’ignorance, et tu n’erreras pas si tu te montres vigilant. La voie est claire et les signes de la religion sont dressés. Sache, ô ‘Uthmân, que le meilleur adorateur d’Allah, aux yeux d’Allah, est un imam équitable qui est guidé et qui guide, qui perpétue une sunna établie et éteint une innovation notoire. Par Allah, la différence est nette : les pratiques légitimes possèdent leurs marques, et les innovations ont aussi leurs signes. Or, le pire des hommes auprès d’Allah est un imam injuste, égaré et égarant, qui fait disparaître une sunna reconnue et fait revivre une innovation rejetée. »
« J’ai entendu le Messager d’Allah (que la paix et le salut soient sur lui) dire : “Le Jour de la Résurrection, on amènera l’imam injuste, et il ne trouvera ni défenseur ni excuse (3) ; il sera précipité en Enfer, où il tournera comme tourne la meule, puis il plongera dans les abîmes de la Géhenne (4).” Je t’avertis donc de la colère divine et de Son châtiment, car Son châtiment est terrible et pénible. Prends garde à ne pas être l’imam de cette communauté qui sera tué, car on dit qu’un imam sera tué parmi cette communauté, ouvrant ainsi la porte aux meurtres et aux combats jusqu’au Jour de la Résurrection. Ses affaires se mêleront et s’obscurciront, laissant les gens divisés, privés de discernement entre la vérité et l’erreur, ballotés et errants. »
‘Uthmân répondit : « Par Allah, je savais que tu finirais par tenir de tels propos. Par Allah, si tu étais à ma place, je ne t’en ferais aucun reproche. »