Il le guida, et il se mit alors à acheter de la graisse (1), de l’uqayṭa (2) et des peaux (3). Avec ce qu’il avait réuni, il se maria, puis il se rendit auprès du Prophète ﷺ pour lui annoncer la nouvelle. Le Prophète ﷺ lui dit : « Qu’Allah te bénisse ! Offre un festin, ne serait-ce qu’avec une brebis. » Ainsi, sa fortune s’accrut au point qu’une caravane de sept cents montures chargées de blé, de farine et de provisions lui parvint.
Lorsqu’il entra à Médine, on entendit un grand tumulte parmi la population. ‘Aïcha demanda : « D’où vient ce vacarme ? » On lui répondit qu’il s’agissait d’une caravane de sept cents bêtes de somme appartenant à ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf, chargées de blé, de farine et de nourriture. Alors ‘Aïcha déclara : « J’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : “ ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf entrera au Paradis en rampant (4)”. » Lorsque la nouvelle parvint à ‘Abd al-Rahmân, il dit : « Ô mère ! Je te prends à témoin que toute cette caravane, avec ses chargements, ses couvertures (5) et ses bâtures, est consacrée à la cause d’Allah. »
L’imam Ahmad (6) a rapporté : « ‘Abd al-Samad ibn Hassân nous a transmis, il tient lui-même de ‘Umâra – c’est-à-dire Ibn Zâdhân – d’après Thâbit, d’après Anas : Alors que ‘Aïcha se trouvait chez elle, elle entendit un bruit dans la ville. Elle s’en enquit et on lui répondit que c’était la caravane de ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf qui arrivait du Shâm, chargée de toutes sortes de biens – on rapporte que c’étaient sept cents chameaux –, si bien que la ville résonna sous le tumulte. Alors ‘Aïcha dit : “J’ai entendu le Messager d’Allah ﷺ dire : ‘J’ai vu ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf entrer au Paradis en rampant.’” Quand cela parvint à ‘Abd al-Rahmân, il déclara : “Si je le peux, j’entrerai (au Paradis) debout !” Et il offrit la caravane avec ses bâtures et ses marchandises dans la voie d’Allah.” » Cette version est transmise de façon isolée par ‘Umâra ibn Zâdhân al-Saydilânî, qui est jugé faible.
Quant à l’affirmation (7) figurant dans la recension de ‘Abd ibn Humayd, suivant laquelle le Prophète aurait établi un pacte de fraternité entre ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf et ‘Uthmân ibn ‘Affân, c’est une erreur manifeste (8), contraire au récit authentique (9) du Sahîh al-Bukhârî, où il est dit que celui dont il hérita la fraternité était plutôt Sa‘d ibn al-Rabî‘ l’Ansârî (qu’Allah l’agrée).
Il est également établi dans le Sahîh (10) que le Messager d’Allah ﷺ avait prié derrière ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf lors de la deuxième rak‘a de la prière de l’aube au cours d’un voyage, ce qui constitue un grand mérite inégalable. Lorsque la mort de ‘Abd al-Rahmân fut imminente, il légua quatre cents dinars à chaque survivant parmi les combattants de Badr, qui étaient alors au nombre de cent – tous, y compris ‘Uthmân et ‘Alî, reçurent cette somme. ‘Alî dit alors : « Va, ô fils de ‘Awf, tu as su profiter de la part épurée et tu as devancé l’impure. » Il légua aussi à chacune des Mères des croyants un montant important, si bien que ‘Aïcha disait : « Qu’Allah lui donne à boire du Salsabîl. » Par ailleurs, il affranchit un grand nombre de ses esclaves.