Nous avons amarré nos navires aux leurs, puis nous nous sommes affrontés à l’épée ; les hommes bondissaient avec leurs sabres et leurs poignards. Les vagues frappèrent alors la proue de ces navires jusqu’à les contraindre à accoster, et elles rejetèrent les dépouilles des combattants sur la rive, au point qu’elles en formèrent une masse énorme, tandis que la couleur du sang l’emportait sur celle de l’eau. Ce jour-là, les musulmans firent preuve d’une constance jamais observée jusque-là. Beaucoup d’entre eux furent tués, et du côté des Byzantins, les pertes furent encore plus considérables. Puis Dieu accorda Son secours aux musulmans : Constantin prit la fuite avec ce qu’il restait de son armée — très amoindrie — et portait de nombreuses blessures graves. Il resta ensuite quelque temps à se faire soigner. Quant à ‘Abd Allâh ibn Sa‘d, il demeura plusieurs jours à Dhât as-Sawârî, avant de rentrer, victorieux, fortifié et triomphant.
Al-Waqidî a dit : « Ma‘mar m’a rapporté d’après az-Zuhri : “Lors de cette expédition, se trouvaient également Muhammad ibn Abî Hudhayfah et Muhammad ibn Abî Bakr. Ils critiquaient ouvertement ‘Uthmân : ce qu’il avait changé, sa divergence par rapport à Abû Bakr et ‘Umar. Ils disaient : ‘Son sang est licite, car il a placé ‘Abd Allâh ibn Sa‘d — qui avait autrefois apostasíé et renié le Coran sublime, et dont le Messager d’Allâh (ﷺ) avait autorisé l’exécution. Certes, le Messager d’Allâh (ﷺ) a expulsé certaines personnes, alors que ‘Uthmân les a nommées à des postes. Il a relevé de leurs fonctions des Compagnons du Messager d’Allâh (ﷺ) pour placer (3) Sa‘îd ibn al-‘Âs et ‘Abd Allâh ibn ‘Âmir.’” »
Quand la chose parvint à ‘Abd Allâh ibn Sa‘d, celui-ci leur dit : « Ne montez pas avec nous. » Ils embarquèrent donc sur un navire où il n’y avait aucun autre musulman et, lorsqu’ils rencontrèrent l’ennemi, ils furent les moins enclins à combattre. On leur demanda la raison, et ils répondirent : « Comment pourrions-nous combattre aux côtés d’un homme dont nous ne reconnaissons pas l’autorité ? » Alors ‘Abd Allâh ibn Sa‘d les fit venir et les tança sévèrement en déclarant : « Par Dieu, si je ne savais pas quelle attitude adopter envers l’émir des croyants, je vous aurais punis et vous aurais jetés en prison. »
Al-Waqidî a également dit : « Au cours de cette même année, l’Arménie fut conquise par Habîb ibn Maslama. Et c’est aussi durant cette année que Khosrô, le roi des Perses, trouva la mort. »
• Comment Khosrô, roi des Perses, fut tué (5), c’est-à-dire Yazdegerd.
Ibn Ishâq a relaté : « Yazdegerd s’enfuit de Kirmân accompagné de peu de gens pour se réfugier à Marw. Là, il réclama de l’argent à certains de ses habitants, mais ils le lui refusèrent et craignirent pour leur sécurité. Ils lancèrent alors un appel aux Turcs afin qu’ils se tournent contre lui ; ceux-ci arrivèrent et tuèrent ses compagnons. Yazdegerd s’enfuit et arriva chez un homme qui façonnait des meules (6) sur la rive ; il y passa la nuit, puis cet homme le tua pendant son sommeil. »
Al-Madâ’inî a affirmé : « Lorsqu’il s’enfuit après le massacre de ses compagnons, Yazdegerd prit la route à pied, muni de sa couronne, de sa ceinture et de son épée, et parvint à une demeure… »