Ils déplièrent le paquet et découvrirent à l’intérieur un chiffon rouge qu’ils ouvrirent. À l’intérieur se trouvait un autre chiffon, jaune cette fois, et dans celui-ci deux pénis, l’un alezan (kûmayt) et l’autre rosé (ward). Alors un poète composa des vers pour railler les Banû Nahd (1) :
[du mètre at-Ṭawîl]
« Tandis que les nobles rentrèrent avec les captives en guise de butin,
les Banû Nahd remportèrent deux pénis dans un coffret :
l’un alezan et l’autre rosé, tous deux bien fournis.
Ils crurent tenir là un profit – quelle grave méprise ! » (2)
On raconte ensuite que les habitants de Jurjân rompirent l’accord que Sa‘îd ibn al-‘Âṣ avait établi avec eux et refusèrent de payer la somme d’argent qui leur avait été imposée – estimée à cent mille, ou deux cents mille, voire trois cents mille dinars. Par la suite, Yazîd ibn al-Muhallab leur fut envoyé (3), comme nous le mentionnerons si Dieu le veut.
La même année, ‘Uthmân ibn ‘Affân démit al-Walîd ibn ‘Uqba de son poste à Kûfa et le remplaça par Sa‘îd ibn al-‘Âṣ. La raison en fut qu’al-Walîd fit prier les gens de Kûfa l’aube (ṣubḥ) en quatre rak‘a. Puis, se retournant vers eux, il demanda : « Voulez-vous que j’en rajoute ? » Un homme répliqua : « Nous ne cessons de gagner avec toi depuis ce jour ! » Par ailleurs, un groupe de personnes, entre lesquelles et lui existait sans doute une animosité, se plaignirent auprès de ‘Uthmân. Certains témoignèrent qu’il avait bu du vin ; l’un d’eux affirma l’avoir vu le vomir. ‘Uthmân ordonna qu’on le fasse comparaître et exigea qu’il soit fouetté. On dit que ‘Alî lui retira alors son habit, et que Sa‘îd ibn al-‘Âṣ le fouetta en présence de ‘Uthmân. Après quoi, il le démit et investit Sa‘îd ibn al-‘Âṣ à sa place (4).
La même année, la bague du Prophète (ﷺ) tomba de la main de ‘Uthmân dans le puits d’Arîs (5), situé à deux milles de Médine et réputé manquer cruellement d’eau. Malgré des dépenses importantes et de grands efforts pour la retrouver, on ne sut rien de son sort jusqu’à ce jour. ‘Uthmân s’en fit alors faire une autre en argent, où il fit graver « Muḥammad Rasûl Allâh (ﷺ) ». Lorsque ‘Uthmân fut tué, cette bague disparut, et personne n’a su (6) qui s’en était emparé.
Ibn Jarîr (7) rapporte ici un long ḥadîth évoquant la fabrication par le Prophète (ﷺ) d’une bague en or, puis en argent ; puis l’envoi de celle-ci par ‘Umar ibn al-Khaṭṭâb à Kisrâ, et par Dihya chez César. Il indique aussi que cette bague, après le Prophète (ﷺ), passa successivement entre les mains d’Abû Bakr, puis de ‘Umar, et enfin de ‘Uthmân pendant six ans, avant de tomber au fond du puits d’Arîs. Une partie de ce récit a déjà été mentionnée dans les recueils authentiques (8).