Dans cette même année, ‘Uthmân ibn ‘Affân agrandit la Mosquée du Prophète (ﷺ) et la construisit en employant la qassa (1) – c’est-à-dire la chaux –, qu’on faisait venir de Batn Nakhl (2), ainsi que des pierres sculptées. Il érigea ses colonnes en pierres serties, recouvrit son toit de bois de sâj, et lui donna pour dimensions cent soixante coudées de long sur cent cinquante coudées de large. Il lui conserva six portes, comme elles étaient à l’époque de ‘Umar ibn al-Khattâb, et entreprit sa construction au mois de Rabî‘ al-Awwal de cette même année.
Cette année-là, ‘Uthmân ibn ‘Affân dirigea également le pèlerinage, et on lui dressa à Minâ un pavillon (fustât). Ce fut le premier pavillon qu’il y disposa. Il accomplit la prière dans sa forme complète (quatre rak‘ât) pendant cette année, ce que plusieurs Compagnons réprouvèrent, parmi lesquels ‘Alî, ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf et ‘Abd Allâh ibn Mas‘ûd. Ibn Mas‘ûd alla même jusqu’à dire : « Que ma part des quatre rak‘ât soit donc deux rak‘ât agréées ! »
‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf eut avec lui un échange au sujet de cette décision, et Ibn Jarîr (3) rapporta qu’il l’interrogea : « Es-tu établi à la Mecque ? » ‘Uthmân répondit : « Et toi, n’as-tu pas une famille à Médine ? Tu te tiens bien parmi les tiens à Médine. »
Puis ‘Uthmân ajouta : « J’ai des biens à Tâ’if que je veux faire sortir après que les pèlerins auront quitté les lieux. » ‘Abd al-Rahmân répliqua : « Entre toi et Tâ’if, il y a trois journées de voyage. » ‘Uthmân expliqua encore : « Des gens du Yémen ont dit que la prière en résidence comportait deux rak‘ât ; or, peut-être me voient-ils prier deux rak‘ât et s’en réclameront-ils. »
‘Abd al-Rahmân lui répondit : « Or le Messager de Dieu (ﷺ) recevait la Révélation (alors que l’islam était encore peu répandu parmi les gens), et il priait ici deux rak‘ât ; Abû Bakr priait ici deux rak‘ât, de même que ‘Umar ibn al-Khattâb, et toi aussi, au début de ton gouvernement, tu as prié deux rak‘ât. » ‘Uthmân se tut, puis dit : « Ce n’est là qu’un avis que j’ai émis. »
[En l’an 30 de l’Hégire]
Cette année-là, Sa‘îd ibn al-‘Âs conquit Tabaristân, selon les dires d’al-Wâqidî, Abû Ma‘shar et al-Madâ’inî, qui affirment qu’il fut le premier à l’envahir. Sîf prétend qu’ils avaient déjà conclu la paix avec Suwayd ibn Muqarrin, à condition de ne pas s’en prendre à ce territoire, moyennant une somme qu’avait versée son gouverneur local, mais Dieu seul le sait.
Al-Madâ’inî mentionne que Sa‘îd ibn al-‘Âs partit à la tête d’une armée où se trouvaient al-Hasan et al-Husayn, les quatre ‘Abd Allâh (al-‘Abâdilah), Hudhayfa ibn al-Yamân et bien d’autres Compagnons. Il avança, traversant diverses contrées dont les habitants concluaient avec lui des traités de paix contre d’importantes sommes d’argent, jusqu’à parvenir au territoire relevant de Jurjân. Là, ils livrèrent bataille jusqu’à devoir accomplir la prière de la crainte.
Sa‘îd interrogea alors Hudhayfa : « Comment le Messager de Dieu (ﷺ) priait-il en cette situation ? » Hudhayfa l’en informa, et il pria selon ces indications. Ensuite, les habitants de la forteresse lui demandèrent la protection. Il la leur accorda à la condition de ne tuer aucun d’entre eux. Mais lorsqu’ils ouvrirent la forteresse, il les tua à l’exception d’un seul homme et s’empara de tout son contenu (4).
Un homme de Banû Nahd trouva un coffret scellé et l’apporta à Sa‘îd qui l’ouvrit ; ils y découvrirent alors une étoffe noire.