[Campagne d’Ifriqiya]
‘Uthmân ordonna à ‘Abd Allâh ibn Sa‘d ibn Abî Sarh de mener une expédition contre le pays d’Ifriqiya et, si Dieu lui en accordait la conquête, de lui attribuer le cinquième du quint de tout le butin à titre de gratification. Celui-ci se mit donc en route avec dix mille hommes, conquit ses plaines et ses montagnes, et fit périr un grand nombre de ses habitants. Puis, ces derniers se rallièrent, acceptèrent l’obéissance et embrassèrent l’islam, et ils s’y tinrent avec sincérité. ‘Abd Allâh ibn Sa‘d préleva alors le quint du quint du butin, envoya ses quatre autres parts à ‘Uthmân et répartit les quatre cinquièmes restants entre les troupes. Ainsi, chaque cavalier toucha trois mille dinars, et chaque fantassin, mille dinars.
Al-Wâqidî rapporte que le gouverneur local (batrîq) conclut la paix en versant deux millions de dinars, [cinq cent mille dinars] puis vingt mille dinars. ‘Uthmân en fit don en une seule journée aux Banû al-Hakam, et selon certains, aux Banû Marwân.
[Campagne d’al-Andalus]
Après la conquête de l’Ifriqiya, ‘Uthmân envoya sans délai ‘Abd Allâh ibn Nâfi‘ ibn ‘Abd Qays et ‘Abd Allâh ibn Nâfi‘ ibn al-Husayn al-Fihrî du même coup en al-Andalus, où ils se rendirent par voie maritime. Il écrivit également à ceux qui s’y étaient dirigés : « C’est par la mer que Constantinople sera conquise. Vous, si vous vous emparez d’al-Andalus, vous serez associés à la récompense de ceux qui prendront Constantinople à la fin des temps. Que la paix soit sur vous. » Ils y allèrent, la conquirent, et louange et bienfaits reviennent à Dieu.
[La bataille de Jorjîr et des Berbères contre les musulmans]
Lorsque vingt mille musulmans, sous le commandement de ‘Abd Allâh ibn Sa‘d ibn Abî Sarh, parmi lesquels se trouvaient ‘Abd Allâh ibn ‘Umar et ‘Abd Allâh ibn al-Zubayr, marchèrent sur l’Ifriqiya, le roi berbère Jorjîr vint à leur rencontre à la tête de cent vingt mille hommes, voire – d’après certaines sources – deux cent mille. Lorsque les deux armées se firent face, Jorjîr ordonna à ses troupes de cerner les musulmans comme un anneau. Ceux-ci se retrouvèrent alors dans une situation qu’on n’avait jamais vue si effroyable ni si périlleuse.
‘Abd Allâh ibn al-Zubayr raconta : « Je vis le roi Jorjîr en arrière de ses troupes, monté sur un mulet, couvert par deux servantes qui l’abritaient de plumes de paon. Je me rendis auprès de ‘Abd Allâh ibn Sa‘d ibn Abî Sarh pour lui demander de m’envoyer avec un groupe protégeant mes arrières, afin que je me dirige droit sur le roi. Il m’accorda alors un détachement de combattants valeureux. »
Il poursuivit : « Il leur ordonna de me couvrir, et je partis percer les rangs jusqu’à parvenir à lui – les siens pensant que je venais en émissaire. Mais lorsque je me retrouvai à portée de lui, il pressentit le danger de ma part et s’enfuit… »