Ibn Jarîr (1) a dit : Les avis divergent au sujet de la personne qui conduisit le pèlerinage cette année-là. Al-Wâqidî et Abû Maʿshar affirment que ce fut ʿAbd al-Rahmân ibn ʿAwf qui mena les fidèles, sur ordre de ʿUthmân. D’autres soutiennent que c’est ʿUthmân ibn ʿAffân (qu’Allah l’agrée) qui s’en chargea. La première version est cependant la plus répandue, car ʿUthmân ne put pas accomplir le pèlerinage cette année-là en raison d’un saignement de nez (rʿâf) qui l’affecta au même titre que beaucoup d’autres, au point de craindre pour sa vie. C’est pourquoi on appela cette année « l’année du rʿâf ».
Au cours de cette même année, Abû Mûsâ al-Ashʿarî conquit la ville d’ar-Ray, après que ses habitants eurent rompu l’accord que Hudhayfa ibn al-Yamân (qu’Allah l’agrée) avait conclu avec eux.
C’est aussi au cours de cette année que mourut Surâqa ibn Mâlik ibn Juʿshum al-Mudliji (2), surnommé Abû Sufyân. Il résidait à Qudayd. C’est lui qui s’élança à la poursuite du Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui), accompagné d’Abû Bakr, dʿÂmir ibn Fuhayra et de ʿAbd Allâh ibn Urayqit ad-Daylî, alors qu’ils quittaient la grotte de Thawr en direction de Médine. Son intention était de les ramener de force aux Mecquois, ceux-ci ayant promis une récompense de cent chameaux pour quiconque capturerait le Prophète (que la prière et la paix soient sur lui) ou Abû Bakr. Tandis qu’il approchait et entendait la récitation du Messager de Dieu (que la prière et la paix soient sur lui), les pattes de son cheval s’enfoncèrent dans le sol. Il leur demanda alors la protection, ce qu’ils lui accordèrent, et Abû Bakr lui rédigea un acte de sûreté sur l’autorisation du Prophète (que la prière et la paix soient sur lui).
Plus tard, après la bataille de Tâ’if, il (Surâqa) se présenta muni de ce document, embrassa l’islam et reçut les honneurs du Prophète (que la prière et la paix soient sur lui). C’est lui qui demanda : « Ô Messager de Dieu, cette ʿumra que nous pratiquons cette année est-elle seulement pour cette fois ou pour l’éternité ? » Le Prophète répondit : « Bien au contraire, c’est pour l’éternité : la ʿumra fait partie du hajj jusqu’au Jour de la Résurrection » (3).
[Puis l’an vingt-cinq débuta.]
Cette année-là (4), les habitants d’Alexandrie rompirent le pacte, parce que le roi des Romains leur avait dépêché Manû’îl l’eunuque (5) à bord de navires en provenance de la mer. Dans l’espoir d’être secourus, ils rompirent leur engagement. ʿAmr ibn al-ʿÂs les combattit alors au mois de Rabîʿ al-Awwal, conquit la région par la force, puis se rendit maître de la ville par voie de négociation.
Cette même année, le pèlerinage fut conduit par ʿUthmân ibn ʿAffân (qu’Allah l’agrée). C’est également au cours de cette année, d’après le récit de Sayf, que ʿUthmân révoqua Saʿd de la gouvernance de Kûfa et le remplaça par al-Walîd ibn ʿUqba ibn Abî Muʿayt. Cet acte fit partie des griefs soulevés contre ʿUthmân.