Al-Miswar Ibn Makhrama dit : « Dors-tu donc, ô Miswar ? Par Dieu, je n’ai guère fermé l’œil depuis trois nuits. Va donc et appelle-moi (1) ‘Alî et ‘Uthmân. » Al-Miswar poursuit : « J’ai demandé : “Par lequel commencer ?” Il m’a répondu : “Par celui que tu voudras.” Je suis alors allé trouver ‘Alî et je lui ai dit : “Viens, mon oncle t’appelle.” Il me dit : “T’a-t-il ordonné de faire venir quelqu’un d’autre avec moi ?” Je répondis : “Oui.” Il me demanda : “Qui est-ce ?” Je lui dis : ‘Uthmân Ibn ‘Affân. Il reprit : “Par lequel de nous a-t-il commencé ?” Je dis : “Il ne m’a pas donné de consigne sur ce point, mais il a dit : ‘Appelle-moi l’un ou l’autre, celui que tu voudras en premier.’ C’est pourquoi je suis venu te chercher.” Il sortit donc avec moi. Lorsque nous arrivâmes devant la maison de ‘Uthmân Ibn ‘Affân, ‘Alî s’assit dehors, tandis que j’entrai. Je trouvai ‘Uthmân occupé à accomplir la prière du witr peu avant l’aube. Il me posa les mêmes questions que ‘Alî, puis sortit avec moi. J’introduisis ensuite tous deux auprès de mon oncle, qui se tenait debout en prière. Quand il eut terminé (2), il se tourna vers ‘Alî et ‘Uthmân et leur dit : “J’ai interrogé les gens à votre sujet, et je n’ai trouvé personne qui mette un autre au-dessus de vous. Il a alors prélevé de chacun de vous un engagement : si l’un de vous était choisi, qu’il gouvernerait avec justice ; et si l’autre l’emportait, qu’il écouterait et obéirait (3).”
Ensuite, il sortit avec eux en direction de la mosquée. ‘Abd al-Rahmân portait le turban dont l’avait coiffé le Messager de Dieu (ﷺ) et s’était ceint d’un sabre. Il dépêcha des émissaires vers les notables (des gens) parmi les Émigrés (al-Muhâjirûn) et les Auxiliaires (al-Ansâr), et l’on proclama parmi la population : « La prière est rassemblée. » La mosquée se remplit au point de déborder de monde. Les gens se serrèrent les uns contre les autres, à tel point qu’il ne restait plus de place à ‘Uthmân pour s’asseoir, si ce n’est tout au fond des rangs — car c’était un homme d’une grande pudeur (– qu'Allah soit satisfait de lui –). Puis ‘Abd al-Rahmân Ibn ‘Awf gravit la chaire (minbar) du Messager de Dieu (ﷺ) et resta debout longtemps, adressant une longue prière (du‘â’) que les gens n’entendirent pas. Ensuite, il prit la parole en ces termes : « Ô gens, je vous ai consultés en secret et en public sur vos souhaits, et je n’ai trouvé personne disposé à mettre un autre homme au-dessus de l’un de ces deux-là : ‘Alî ou ‘Uthmân. Ô ‘Alî, lève-toi et viens. » (4)
‘Alî se leva et s’arrêta au pied de la chaire. ‘Abd al-Rahmân lui prit la main et dit : « Acceptes-tu de me prêter allégeance sur le Livre de Dieu, la Sunna de Son Prophète (ﷺ) et la voie d’Abû Bakr et ‘Umar ? » ‘Alî répondit : « Ô Dieu, non, mais selon mes capacités et mes forces. » Puis ‘Abd al-Rahmân lâcha sa main et dit : « Approche, ‘Uthmân. » Il lui prit alors la main pour lui dire : « Es-tu prêt à me prêter allégeance sur le Livre de Dieu, la Sunna de Son Prophète (ﷺ) et la voie d’Abû Bakr et ‘Umar ? » Il répondit : « Ô Dieu, oui. » Puis ‘Abd al-Rahmân leva la tête vers le toit de la mosquée, sa main tenant celle de ‘Uthmân, et il s’exclama : « Ô Dieu, sois témoin ! Ô Dieu, sois témoin ! Ô Dieu, sois témoin ! Ô Dieu, je remets (5) ce qui était dans mon cou sur le cou de ‘Uthmân. »
Le narrateur rapporte que les gens se précipitèrent alors pour prêter allégeance à ‘Uthmân, au point de l’encercler sous la chaire. ‘Abd al-Rahmân vint s’asseoir à la place du Prophète (ﷺ), et fit asseoir ‘Uthmân au-dessous de lui, sur le deuxième degré, tandis que les gens affluaient pour lui prêter serment. ‘Alî Ibn Abî Tâlib lui-même lui prêta allégeance, soit en premier, soit — selon d’autres — en dernier. Quant à ce que beaucoup d’historiens comme Ibn Jarîr (6) et d’autres rapportent, au sujet de dires attribués à ‘Alî à l’encontre de ‘Abd al-Rahmân, il provient d’hommes inconnus... »