Ils s’installèrent dans la maison, et Abou Talha se tint debout pour empêcher quiconque d’entrer. ‘Amr ibn al-‘As et al-Moughira ibn Chou‘ba arrivèrent et s’assirent derrière la porte, mais Sa‘d ibn Abi Waqqas leur jeta des pierres dessus pour les chasser en disant : « Êtes-vous venus pour pouvoir dire : “Nous étions présents à l’affaire de la consultation ?” » (Rapporté par al-Mada’ini, d’après ses maîtres, et Dieu est le plus savant quant à son authenticité.)
L’idée principale est que le groupe se retira loin des gens dans une maison afin de délibérer sur leur affaire. Les paroles se multiplièrent et les voix s’élevèrent. Abou Talha s’adressa alors à eux : « Je pensais que vous alliez vous renvoyer mutuellement ce pouvoir et je ne m’attendais pas à vous voir le convoiter. » Ensuite, après l’arrivée de Talha, trois d’entre eux confièrent leur droit dans cette affaire à trois autres : ainsi, az-Zoubeïr remit ce qui lui revenait de l’imamat à ‘Ali, Sa‘d transmit ce qui lui revenait à ‘Abd ar-Rahman ibn ‘Awf, et Talha renonça à son droit en faveur de ‘Othman ibn ‘Affân (que Dieu l’agrée).
‘Abd ar-Rahman s’adressa alors à ‘Ali et à ‘Othman en ces termes : « Lequel de vous se retire de cette affaire pour que nous la lui remettions, sous le regard de Dieu et de l’islam, afin qu’il investisse le meilleur des deux hommes restants ? » Les deux cheikhs, ‘Ali et ‘Othman, gardèrent le silence. ‘Abd ar-Rahman reprit : « Pour ma part, je renonce à mon droit en cela, et je prends Dieu et l’islam à témoin que je m’efforcerai de désigner comme dirigeant celui d’entre vous deux qui en est le plus digne. » Ils répondirent : « Oui. » Il s’entretint alors avec chacun d’entre eux au sujet de ses mérites, puis obtint de chacun un pacte et un engagement selon lequel, s’il confiait à l’autre la charge, celui-ci exercerait la justice, et que, s’il était lui-même investi du pouvoir, il écouterait et obéirait. Chacun d’eux acquiesça, puis ils se dispersèrent.
On rapporte que les membres du conseil (chourâ) confièrent l’affaire à ‘Abd ar-Rahman afin qu’il s’efforçât de choisir le meilleur d’entre eux pour l’investir. Il est dit qu’il demanda à tous ceux qu’il pouvait interroger, membres du conseil ou non, et tous désignèrent ‘Othman ibn ‘Affân, au point qu’il demanda à ‘Ali : « Si je ne te désigne pas, vers qui t’orienterais-tu ? » Il répondit : « Vers ‘Othman. » Et ‘Abd ar-Rahman posa la même question à ‘Othman : « Si je ne te désigne pas, qui choisirais-tu ? » Il répondit : « ‘Ali ibn Abi Talib. » Il semble que cela se soit produit avant que l’affaire ne soit réduite à trois candidats, et que ‘Abd ar-Rahman se soit alors retiré pour déterminer lequel était le meilleur – prenant Dieu et l’islam à témoin qu’il s’efforcerait de désigner le plus digne des deux hommes.
Ensuite, ‘Abd ar-Rahman ibn ‘Awf (que Dieu l’agrée) se leva afin de consulter les gens à leur sujet et de recueillir l’avis des musulmans, interrogeant les notables et les chefs, qu’ils soient tous réunis ou pris individuellement, en secret et en public, jusqu’à ce qu’il s’adresse même aux femmes recluses derrière leurs voiles ou interroge les jeunes dans leurs écoles, et pose la question à tous les voyageurs et bédouins arrivant à Médine, et ce durant trois jours et trois nuits. Il ne trouva pas deux personnes qui divergeaient au sujet de la prééminence de ‘Othman ibn ‘Affân, si ce n’est ce qui est rapporté à propos de ‘Ammar et al-Miqdad, qui penchaient pour ‘Ali ibn Abi Talib, mais qui prêtèrent malgré tout serment avec les autres, comme nous le mentionnerons. Ainsi, ‘Abd ar-Rahman s’attela à cette tâche pendant trois jours et trois nuits, ne prenant guère de repos en dehors de la prière, des invocations et de la recherche de conseils auprès de ceux dont l’avis comptait, sans trouver personne qui égalât ‘Othman ibn ‘Affân (que Dieu l’agrée).
Lorsque vint la nuit qui précédait le matin du quatrième jour suivant la mort de ‘Omar ibn al-Khattab, il se rendit au domicile de son neveu