Le califat du Commandeur des croyants ‘Uthmân ibn ‘Affân (que Dieu l’agrée) commença l’année vingt-quatre de l’hégire. Le premier jour de cette année, on enterra le Commandeur des croyants ‘Umar ibn al-Khattâb (que Dieu l’agrée), un dimanche selon certains. Trois jours plus tard, on prêta allégeance à ‘Uthmân ibn ‘Affân (que Dieu l’agrée).
‘Umar (que Dieu l’agrée) avait confié l’affaire après lui à une assemblée de concertation (shûrâ) composée de six personnes : ‘Uthmân ibn ‘Affân, ‘Alî ibn Abî Tâlib, Talha ibn ‘Ubayd Allâh, az-Zubayr ibn al-‘Awwâm, Sa‘d ibn Abî Waqqâs et ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf (que Dieu les agrée). Il s’était abstenu de la léguer explicitement à l’un d’entre eux, déclarant : « Je ne souhaite pas porter leur responsabilité de mon vivant et après ma mort. Si Dieu désire votre bien, Il vous réunira autour du meilleur d’entre eux, comme Il vous a réunis autour du meilleur d’entre vous après votre Prophète (que la prière et le salut de Dieu soient sur lui). » Et, par scrupule, il ne mentionna pas Sa‘îd ibn Zayd ibn ‘Amr ibn Nufayl dans la consultation, parce qu’il était son cousin et il craignait qu’on le favorise pour cette parenté. C’est pour cela qu’il l’en exclut, bien qu’il fît partie des dix à qui fut annoncée la bonne nouvelle du Paradis. Selon une version rapportée par al-Madâ’inî d’après ses maîtres, ‘Umar l’aurait exempté de la shûrâ en disant : « Je ne veux pas l’y inclure. »
‘Umar recommanda aussi à son fils ‘Abd Allâh d’assister aux discussions sans pour autant prétendre à la succession, expliquant qu’il ne lui reviendrait aucune prérogative dans cette affaire, si ce n’est d’y conseiller avec sincérité. Il recommanda en outre que Suhayb ibn Sinân ar-Rûmî dirige la prière pendant trois jours, le temps que la shûrâ se termine, et que les membres de la shûrâ soient réunis en un endroit, sous la surveillance de plusieurs personnes, jusqu’à ce que l’affaire soit conclue. Pour mener cette charge, ‘Umar désigna cinquante musulmans, placés sous l’autorité d’Abû Talha al-Ansârî et d’al-Miqdâd ibn al-Aswad al-Kindî.
‘Umar ibn al-Khattâb (que Dieu l’agrée) avait également dit : « Je ne pense pas que les gens puissent préférer quelqu’un à ‘Uthmân ou ‘Alî, car ils écrivaient la Révélation devant le Messager de Dieu (que la prière et le salut de Dieu soient sur lui) lorsque l’ange Gabriel la lui transmettait. »
On raconte que, lorsque ‘Umar (que Dieu l’agrée) mourut et que sa dépouille fut prête pour la prière funéraire, ‘Alî et ‘Uthmân se disputèrent la préséance pour la diriger. Mais ‘Abd ar-Rahmân ibn ‘Awf leur dit : « Ni l’un ni l’autre n’est concerné par cela, car ‘Umar en a confié la direction à Suhayb. » Suhayb s’avança donc et fit la prière funéraire. Tous les membres de la shûrâ, sauf Talha, absent à ce moment-là, descendirent au tombeau avec ‘Abd Allâh, le fils de ‘Umar.
Une fois les rites funéraires accomplis, al-Miqdâd ibn al-Aswad réunit les membres de la shûrâ dans la maison d’al-Miswar ibn Makhrama – ou, selon d’autres versions, dans la chambre de ‘Â’isha, ou encore dans la Maison du Trésor (Bayt al-Mâl), ou dans la maison de Fâtima bint Qays, sœur de ad-Dahhâk ibn Qays. La première version est la plus plausible, et Dieu est plus savant.