Et le premier à l’avoir salué ainsi fut al-Mughîra ibn Chou‘ba, bien que certains disent qu’il s’agisse de quelqu’un d’autre. Dieu sait mieux.
Ibn Jarîr (1) a dit : « Aḥmad ibn ‘Abd al-Ṣamad al-Anṣârî m’a rapporté, et Oumm ‘Amr bint Ḥassân la Koufienne – qui avait atteint l’âge de cent trente ans – m’a dit, d’après son père : Lorsque ‘Omar accéda au pouvoir, ils dirent : “Ô Calife du Calife du Messager de Dieu.” Mais ‘Omar répondit : “Cela serait trop long. Vous êtes les croyants et je suis votre émir.” Ainsi fut-il nommé « Amîr al-Mu’minîn » (Émir des croyants).
En résumé (2), lorsque ‘Omar (qu’Allah l’agrée) acheva le pèlerinage en l’an vingt-trois de l’Hégire et qu’il s’installa à al-Abṭaḥ, il invoqua Dieu (3) et se plaignit d’avoir vieilli (4), de s’être affaibli et de voir son peuple s’étendre, craignant de ne pas remplir son devoir. Il demanda à Dieu de le rappeler à Lui et de lui accorder le martyre dans la cité du Prophète (ﷺ). Comme il est rapporté dans le Ṣaḥîḥ (5), il disait : « Ô Allah, je Te demande une mort en martyr sur Ton chemin, et de mourir dans la ville de Ton Messager. » Dieu exauça cette prière (6) et réunit pour lui ces deux choses : le martyre et dans la ville du Prophète. C’est un bienfait très rare, mais Dieu est Doux dans ce qu’Il veut (7). Il advint donc qu’Abû Lu’lu’a Fayrôz, d’origine mazdéenne et habitant parmi les Byzantins, le frappa de son poignard à deux lames alors que ‘Omar dirigeait la prière de l’aube, le mercredi, à quatre jours de la fin du mois de Dhû l-Ḥijja de cette même année. Il lui porta trois coups – d’autres disent six –, dont l’un sous le nombril qui trancha le péritoine, faisant s’écrouler ‘Omar. Il désigna ‘Abd al-Raḥmân ibn ‘Awf pour diriger la prière, tandis que l’assaillant s’enfuit avec son poignard, frappant quiconque se trouvait sur son chemin ; il atteignit treize hommes, dont six moururent. ‘Abd Allâh ibn ‘Awf jeta alors un burnous sur lui, et l’assaillant se donna la mort (8) – qu’Allah le maudisse.
On transporta ‘Omar jusqu’à sa maison, le sang s’écoulant de sa blessure – avant le lever du soleil. Il reprenait parfois connaissance puis s’évanouissait à nouveau. On lui rappelait la prière, et lorsqu’il reprenait ses esprits, il disait : « Oui, et il n’y a pas de part en Islam pour celui qui la délaisse. » Il pria donc à l’heure prescrite, puis demanda : « Qui m’a frappé ? » On lui répondit : « C’est Abû Lu’lu’a, l’esclave d’al-Mughîra ibn Chou‘ba. » Il dit alors : « Louange à Dieu, qui n’a pas fait que ma mort survienne de la main d’un homme prétendant la foi et s’inclinant devant Dieu. » Puis il ajouta : « Qu’Allah le déshonore ! Nous lui avions pourtant commandé des choses justes », car al-Mughîra avait fixé pour lui un impôt quotidien de deux dirhams, et Abû Lu’lu’a avait demandé à ‘Omar de réduire son dû, se prévalant de ses compétences de menuisier, de graveur et de forgeron. ‘Omar avait alors porté son impôt mensuel à cent dirhams. Abû Lu’lu’a lui avait dit : « Par Dieu, je te fabriquerai certes une meule dont on parlera en Orient et en Occident », c’était un mardi en fin de journée, avant qu’il ne le poignarde le mercredi matin, à quatre jours de la fin du mois de Dhû l-Ḥijja.
‘Omar recommanda que l’autorité soit confiée, après lui, à un conseil de six personnes dont le Messager de Dieu (ﷺ) s’était séparé en étant satisfait d’eux : ‘Uthmân, ‘Alî, Ṭalḥa, al-Zubayr, ‘Abd al-Raḥmân ibn ‘Awf et Sa‘d ibn Abî Waqqâṣ.