Ici se trouve un groupe de voyageurs que la nuit a surpris. Allons à eux. Nous nous rendîmes donc auprès d’eux et découvrîmes une femme entourée de ses enfants, avec un chaudron posé sur le feu, tandis que les petits pleuraient. Alors ‘Umar dit : « Que la paix soit sur vous, ô vous qui êtes près de ce feu. » Elle répondit : « Que la paix soit aussi sur toi. » Il ajouta : « Puis-je m’approcher ? » Elle répliqua : « Approche si tu viens en bien, sinon laisse-nous. » Il s’approcha et demanda : « Que vous arrive-t-il ? » Elle dit : « La nuit et le froid nous ont accablés. » Il demanda alors : « Pourquoi ces enfants pleurent-ils ainsi ? » Elle répondit : « Ils ont faim. » Il poursuivit : « Qu’as-tu sur le feu ? » Elle répondit : « De l’eau, que je fais mijoter pour leur faire croire qu’il s’agit de nourriture jusqu’à ce qu’ils s’endorment. Qu’Allah juge entre nous et ‘Umar. »
À ces mots, ‘Umar se mit à pleurer. Il retourna en courant à la réserve de farine, en sortit un sac plein ainsi qu’un autre rempli de graisse. Puis il dit : « Ô Aslam, mets-les sur mon dos. » Je lui proposai : « Laisse-moi porter ce fardeau à ta place. » Mais il répondit : « Voudrais-tu porter mon péché au Jour de la Résurrection ? » Il chargea donc lui-même le sac sur son dos et repartit avec moi jusqu’à la femme. Là, il déposa sa charge, prit de la farine qu’il mit dans le chaudron, y ajouta de la graisse et se mit à souffler sous le récipient, tandis que la fumée s’échappait à travers sa barbe pendant un moment. Puis il ôta la marmite du feu et dit : « Apporte-moi un plat. » Quand on le lui eut apporté, il y versa le contenu du chaudron, le plaça devant les enfants et leur dit : « Mangez. » Ils mangèrent jusqu’à satiété, tandis que la femme invoquait des bénédictions pour lui sans savoir qui il était. Il demeura auprès d’eux jusqu’à ce que les petits s’endorment, puis leur laissa de quoi subvenir à leurs besoins et s’en alla.
Se tournant alors vers moi, il dit : « Ô Aslam, c’est la faim qui les tenait éveillés et les faisait pleurer. »
On rapporte aussi qu’Ali ibn Abi Tâlib (qu’Allah l’agrée) vit ‘Umar courir vers la banlieue de la ville et lui demanda : « Où vas-tu donc, ô Commandeur des croyants ? » Il répondit : « Un chameau appartenant à la charité s’est enfui, et je suis à sa recherche. » Ali répliqua : « Tu fatigues vraiment ceux qui viendront après toi. »
Il est également rapporté qu’il vit une jeune servante chanceler de faim. « Qui est-ce ? » s’enquit-il. La fille d’Abdallah répondit : « C’est ma fille. » Il demanda : « Pourquoi est-elle ainsi ? » Elle répliqua : « Parce que tu nous retires ce que tu détiens, et voilà ce qui nous arrive. » Il dit : « Ô ‘Abdallah, c’est le Livre de Dieu qui nous lie. Par Dieu, je ne vous remets que ce que Dieu vous a prescrit. Voudriez-vous que je vous donne ce qui ne vous appartient pas et que je devienne infidèle à ma charge ? » C’est ce que rapporta Az-Zuhri.
[La dénomination de ‘Umar en tant que Commandeur des croyants]
Selon Al-Wâqidî (6), qui rapporte d’après Abû Ḥazra (7) Ya‘qûb ibn Mujâhid, issu de Muḥammad ibn Ibrâhîm, et d’après Abû ‘Amr : « J’ai demandé à ‘Â’isha : “Qui a appelé ‘Umar al-Fârûq (le Discriminant) par le titre de Commandeur des croyants ?” Elle répondit : “C’est le Prophète (ﷺ) qui a dit : ‘C’est lui, le Commandeur des croyants.’” (8) »