Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Nous nous y sommes donc vautrés, du dos jusqu’au ventre.

Puis on adressa un reproche à ʿUmar, en lui disant : « Si tu mangeais une nourriture plus raffinée, tu serais plus fort pour soutenir la vérité ? » Il répondit : « J’ai laissé mes deux compagnons sur une voie droite ; si je parviens à suivre leur chemin, je ne les égalerai toutefois pas dans la demeure (future). »

Alors qu’il était calife, il portait un manteau de laine rapiécé à certains endroits avec du cuir. Il parcourait les marchés avec, sur l’épaule, un fouet (ad-dirra) dont il se servait pour corriger les gens. Lorsqu’il trouvait des noyaux ou d’autres déchets, il les ramassait et les jetait dans les maisons afin que les gens puissent en tirer profit.

Anas rapporte : « ʿUmar avait quatre pièces rapiécées entre ses omoplates et son pagne était réparé avec du cuir. Il prononça un sermon sur le minbar, vêtu d’un pagne comportant douze pièces. Il dépensa seize dinars pour son pèlerinage, et dit à son fils : “Nous avons déjà fait preuve d’excès.” » Il ne s’abritait sous rien d’autre que son propre manteau, qu’il jetait sur une branche pour s’asseoir à son ombre. Il ne possédait ni tente ni pavillon.

Lorsque ʿUmar se rendit en Syrie pour la conquête de Jérusalem, il voyageait sur un chameau gris (2). Son crâne dégarni était exposé au soleil, et il ne portait ni calotte ni turban. Il gardait ses jambes entre les deux flancs de la selle sans étriers. Un carré de laine (3) lui servait de coussin et de couchage à l’étape. Le sac (4), rempli de fibres, faisait office d’oreiller. Il portait une chemise grossière (5), marquée (6) et avec le col déchiré.

Une fois arrivé, il dit : « Faites venir le chef du village. » On le fit comparaître, et ʿUmar déclara : « Lavez ma chemise, recousez-la et prêtez-m’en une autre. » On lui apporta alors une chemise de lin. Il demanda : « Qu’est-ce donc ? » On lui expliqua que c’était du lin. Il ôta sa chemise, on la lava et on la répara (7), puis il la remit à nouveau.

On lui dit : « Tu es le roi des Arabes, or ce pays ne convient pas à la monte du chameau. » On lui amena alors un cheval (8) sur lequel on posa une étoffe sans selle ni bât. Lorsqu’il s’en alla, l’animal se mit à caracoler (9). Il s’écria à ceux qui l’accompagnaient : « Arrêtez ! Je ne pensais pas que les gens chevauchent des démons. Apportez-moi mon chameau ! » Il mit pied à terre et monta de nouveau son chameau.

Anas rapporte : « J’étais avec ʿUmar lorsqu’il entra dans un enclos pour y satisfaire un besoin. J’entendis sa voix par-dessus le mur : “Ô ʿUmar ibn al-Khaṭṭâb, Prince des Croyants ! Bakh, bakh (exclamation d’étonnement) ! Par Dieu, fils d’Al-Khaṭṭâb, tu craindras Dieu, ou Il te châtiera !” »

On raconte également qu’il porta un jour sur son épaule une outre remplie d’eau. Lorsqu’on l’interrogea à ce sujet, il répondit : « Mon âme s’est enorgueillie, j’ai voulu l’humilier. » Il dirigeait la prière du soir (10), rentrait ensuite chez lui et demeurait en prière jusqu’à l’aube (11). Il ne mourut qu’après avoir enchaîné des jours de jeûne. Il se trouvait alors dans une année

(1) Al-Fuṣṭāṭ : Une maison faite de paille, et le terme présente des variantes dialectales : Fuṣṭāṭ, Fustāṭ, Fassāṭ, avec une prononciation de la lettre fāʾ différente selon les dialectes. Voir al-Lisān (s.v. Fṣṭ). (2) Al-Awrāq désigne les dromadaires dont la couleur varie du blanc au noir. Voir al-Lisān (s.v. Wrq). (3) Un vêtement pour les béliers provenant du Barūd du Yémen. Voir al-Lisān (s.v. Kbš). (4) La ḥaqība est placée sur le croupion du chameau, et c’est une sorte de réservoir où l’homme peut placer sa nourriture. Voir al-Lisān (s.v. Ḥqb). (5) Karābīs (pluriel de karbās) : c’est du coton. Voir al-Lisān (s.v. Krbs). (6) Thawb murassam (avec une emphase sur le shadda) : un tissu à rayures. Voir al-Lisān (s.v. Rsm). (7) Dans le manuscrit A : ils l’ont cousu. (8) Cette expression est ainsi dans l’édition Ṭ mais le terme est absent dans le manuscrit A. (9) Al-Hamlagha et al-Hamlag : la bonne marche rapide avec assurance. Voir al-Lisān (s.v. Hmlj). (10) Dans le manuscrit A : al-ʿAshiyy. (11) Dans ce passage, il y a une exagération.
نحن فتمرَّغنا فيها ظَهْرًا لبطنٍ. وعُوتب عمر فقيل له: لو أكلتَ طعامًا طيبًا كان أقوىَ لك على الحقِّ؟ فقال: إنّي تركتُ صاحبيَّ على جادةٍ، فإن أدركتُ جادَّتهما فلم أدركهما في المنزل. وكان يلبسُ، وهو خليفةٌ، جبةَ صوفٍ مرقوعة بعضها بأدم، ويطوفُ بالأسواق على عاتفه الدِّرَّةُ يُؤدِّبُ بها الناسَ، وإذا مرَّ بالنوى وغيره يلتقطه ويرمي به في منازل الناس ينتفعون به. وقال أنس: كان بين كَتفَيْ عمر أربعُ رقاعٍ، وإزارُه مرقوعُ بأدمٍ، وخطبَ على المنبر، وعليه إزارٌ فيه اثنتا عشرة رقعةً، وأنفقَ في حجته ستة عشر دينارًا، وقال لابنه: قد أسرفنا. وكان لا يستظلُّ بشيء غيرَ أنَّه كان يُلقي كساءَه على الشجر ويستظلُّ تحتَهُ، وليس له خيمةٌ ولا فُسطاط (١) . ولما قدمَ الشامَ لفتح بيتِ المقدس كان على جملٍ أورق (٢) ، تلوحُ صلعته للشمس، وليس عليه قلنسوةٌ ولا عمامةٌ قد طبق رجليه بين شعبي الرَّحل بلا ركاب، ووطاؤه كبشٌ (٣) من صوف، وهو فراشُه إذا نزل، وحقيبته (٤) محشوةٌ ليفًا، وهي وسادتُه إذا نام، وعليه قميصٌ من كرابيس (٥) قد رُسِّم (٦) وتخرَّق جيبه، فلمَّا نزل قال: ادعوا لي رأسَ القرية، فَدَعَوْهُ فقال: اغسلوا قميصي وخَيَّطُوه وأَعيروني قميصًا، فأُتي بقميصِ كتانٍ، فقال: ما هذا؟ فقيل كَتَّانٌ. فقال: فما الكَتَّان؟ فأخبروه. فنزعَ قميصَه فغسلوه وخاطوه (٧) ثم لبسه، فقال له: أنت ملكُ العرب، وهذه بلاد لا يصلح فيها ركوبُ الإبل. فأُتي ببِرْذَونٍ فطُرح عليه قطيفةٌ بلا سَرْج ولا رَحْلٍ، فلمَّا سار جعل [البرذون] (٨) يهملج (٩) به فقال لمن معه: احبسوا، ما كنتُ أظنُ الناسَ يركبون الشياطينَ، هاتُوا جَمَلي. ثم نزل وركب الجملَ. وعن أنس قال: كنتُ مع عمر فدخل حائطًا لحاجته، فسمعتُه يقول -وبيني وبينه جدارُ الحائط- عمر بن الخطاب أمير المؤمنين بَخٍ بَخٍ، والله لَتَتَّقينَّ اللهَ بنيّ الخطاب أو ليُعَذبنَّكَ. وقيل: إنه حملَ قربةً على عاتقه، فقيل له في ذلك فقال: إنَّ نفسي أعجبتني، فأردتُ أن أذلَّها؟ وكان يصلِّي بالناس العشاء (١٠) ثم يدخل بيتَه، فلا يزالُ يصلِّي إلى الفجر (١١) . وما مات حتى سَرَد الصومَ، وكان في عام
(١) الفُسطاط: بيت من شَعرٍ، وفيه لغات: فُسْطاط، وفسْتاط، وفسّاط، وكسر الفاء لغة فيهن. اللسان (فسط). (٢) الأورق من الإبل؛ الذي في لونه بياض إلى سواد. اللسان (ورق). (٣) ثوب أكباش من برود اليمن. اللسان (كبش). (٤) الحقيبة تكون على عجز البعير، وهي وعاء يجعل الرجل فيه زاده. اللسان (حقب). (٥) كرابيس: جمع كرباس: وهو القطن. اللسان (كربس). (٦) ثوب مُرَسَّم -بالتشديد- مخطط. اللسان (رسم). (٧) في أ: وخيَّطوه. (٨) كذا في ط وليس اللفظ في أ. (٩) الهَمْلجة والهملاج: الحسن السير في سرعة وبخترة. اللسان (هملج). (١٠) في أ: العشيّ. (١١) في هذا الكلام مبالغة.

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