Ils se réunirent à ar-Rûdh et livrèrent un combat acharné. Ce fut une bataille d’une grande envergure, comparable à celle de Nahâwand et n’en étant pas inférieure. Ils tuèrent parmi les polythéistes une foule innombrable, extrêmement nombreuse, et le roi des Daylam, Mûtâ, fut tué. Leur rang fut alors disloqué et ils s’enfuirent tous, après les pertes qu’ils avaient subies au cours de la bataille. Nuʿaym ibn Muqarrin fut le premier de l’armée musulmane à combattre les Daylam.
Nuʿaym avait déjà écrit à ʿUmar pour l’informer de leur rassemblement, ce qui inquiéta ce dernier et l’attrista. Puis, il fut soudain avisé de la bonne nouvelle par un messager et il loua Dieu, Le remercia, et ordonna que la lettre soit lue publiquement. Les gens, à leur tour, éprouvèrent de la joie et rendirent grâce à Dieu. Ensuite, trois émirs arrivèrent à sa cour en apportant le cinquième du butin : Simâk ibn Kharasha (connu sous le nom d’Abû Dujâna), Simâk ibn ʿUbayd et Simâk ibn Makhrama. Lorsque ʿUmar s’enquit de leurs noms (1), il fit cette invocation : « Ô Dieu, accorde-leur Ton Nom (Ism) et soutiens-les dans l’islam. » Il écrivit ensuite à Nuʿaym ibn Muqarrin de laisser un remplaçant à Hamadhân et de se mettre en route pour ar-Ray, ce que Nuʿaym fit. À propos de cette bataille (2), Nuʿaym composa le poème suivant (mètre at-tawîl) :
- « Quand la nouvelle me parvint que Mûtâ et son groupe—ceux de Banû Bâsil—avaient entraîné les armées des Perses,
- je m’élançai contre eux avec mes troupes, m’avançant pour protéger ceux qui relèvent de ma protection à coup de frappes décisives.
- Nous arrivâmes sur eux en armure, pareils à des montagnes se dressant du haut des sommets escarpés.
- Lorsque nous les rencontrâmes ainsi nombreux—et qu’eux-mêmes avançaient hardiment comme l’homme qui tire au sort (des flèches),
- nous les heurtâmes de plein fouet à Wâjir-Rûdh, au matin où nous leur lançâmes l’une de ces redoutables attaques.
- Ils ne tinrent pas une heure dans la mêlée mortelle, devant le tranchant (4) des lances et des sabres acérés.
- On eût dit, lorsque leurs rangs se dispersèrent (5), un mur de briques qui se désintègre sous les coups des démolisseurs.
- Là, nous atteignîmes Mûtâ (6) et ceux qui s’étaient rangés à ses côtés, et nous prîmes un riche butin (7) dont la répartition ne suscita aucune récrimination.
- Nous les poursuivîmes jusqu’à ce qu’ils se réfugient dans leurs gorges montagneuses, les abattant (8) comme des chiens voraces (9). »