«Car la vie de celui qui a vécu après moi ne m’est d’aucune utilité, et la mort de celui qui est décédé un jour ne saurait me rendre immortel.» (1)
Puis ʿUmar déclara : «Qu’Allah fasse miséricorde à Abou Soulaymân. Ce qu’il y a auprès d’Allah est meilleur pour lui que ce dont il jouissait. Il est certes mort en étant du nombre des absents regrettés (2), et il a vécu d’une vie louable. Pourtant, j’ai constaté que le temps ne tient pas sa langue (3).»
Ṭulayḥa ibn Khuwaylid (4) ibn Nawfal ibn Naḍlah ibn al-Ashtar ibn Ḥajwān ibn Faqʿas ibn Ṭarîf ibn ʿAmr (5) ibn Quʿayn ibn al-Ḥârith ibn Thaʿlabah ibn Dūdân (6) ibn Asad ibn Khuzaymah, de la tribu des Asadites al-Faqʿasî. Il fait partie de ceux qui prirent part à la bataille du Fossé du côté des polythéistes. Il se convertit ensuite à l’islam en l’an neuf de l’Hégire et se rendit auprès du Messager d’Allah (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) à Médine. Après le décès du Messager d’Allah (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), durant le califat d’Abou Bakr aṣ-Ṣiddîq, il fit défection et prétendit à la prophétie, comme il a été mentionné.
Ibn ʿAsâkir (7) rapporte d’ailleurs qu’il aurait revendiqué la prophétie du vivant même du Messager d’Allah (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui), et que son fils, Khiyâl (8), s’était présenté au Messager d’Allah (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui). Celui-ci l’interrogea : «Comment se nomme celui qui vient à ton père ?» Il répondit : «Dhu n-Nûn, celui qui ne ment pas, ne trahit pas et ne se comporte pas comme les autres.» Le Prophète (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) déclara alors : «Il a désigné un ange de grande importance.» Puis il dit à son fils : «Qu’Allah te fasse périr et te prive du martyre.» Il le renvoya sans plus de formalités.
Par la suite, Khiyâl fut tué, lors des rébellions (ridda), au cours d’une escarmouche, par ʿUkâsha ibn Miḥṣan. Ṭulayḥa, lui, tua ʿUkâsha et participa à plusieurs affrontements contre les musulmans. Allah le mit finalement en échec par l’intermédiaire de Khâlid ibn al-Walîd : ses troupes se dispersèrent et il s’enfuit jusqu’à pénétrer en Syrie, où il rejoignit les Banû Jafna. Il y resta jusqu’au décès d’Abou Bakr, par respect pour ce dernier.
Il revint alors à l’islam, accomplit la ʿumra, puis se présenta à ʿUmar pour le saluer (9). ʿUmar lui dit : «Éloigne-toi de moi, toi qui as tué deux hommes vertueux : ʿUkâsha ibn Miḥṣan et Thâbit ibn Aqrâm.» Ṭulayḥa répliqua : «Ô Commandeur des croyants, ce sont deux hommes qu’Allah a honorés par mon entremise, alors qu’ils ne m’ont pas honoré par la leur.» Le propos plut à ʿUmar et il lui fit bon accueil. Il rédigea ensuite une recommandation aux gouverneurs, afin qu’on le consulte mais qu’on ne lui confie aucune charge de commandement.
Ṭulayḥa retourna combattre en Syrie, participa à la bataille d’al-Yarmouk, et à d’autres conflits, comme ceux d’al-Qâdisiyya et de Nahâwand contre la Perse. Il passa ainsi pour l’un des vaillants hommes souvent cités et pour l’un des combattants renommés. Après tout cela, il eut un bon comportement en islam.