« Tu es meilleur qu’un millier de milliers (1) parmi le peuple lorsqu’est abaissé le visage des hommes. »
Il répondit : « Tu as dit vrai, par Dieu, c’est effectivement ainsi. »
Et Saïf ibn ‘Oumar rapporta, d’après ses maîtres, de la part de Sâlim (2) : « Khalid demeura à Médine jusqu’à ce que ‘Oumar pensa que s’était dissipée la crainte qu’il avait de voir les gens s’éprendre de lui. ‘Oumar avait alors l’intention de le nommer (à une fonction) après son retour du pèlerinage. Mais quelque temps plus tard (3)(4), Khalid tomba malade alors qu’il quittait Médine pour rendre visite à sa mère. Il lui dit : “Emmenez-moi à mon lieu d’émigration.” On le conduisit donc à Médine et on le soigna. Quand son état s’aggrava et que l’arrivée de ‘Oumar devenait imminente (5), un émissaire le rencontra à trois journées de marche à son retour du pèlerinage. ‘Oumar lui demanda : “Mahayam ?” (6). Il répondit : “Khalid ibn al-Walîd est alité, affaibli par sa maladie.” Alors ‘Oumar parcourut la distance de trois jours en une seule nuit et l’atteignit au moment où il venait d’expirer. Il s’attendrit, invoqua “Inna lillâhi wa innâ ilayhi râji‘ûn” et s’assit à sa porte jusqu’à ce qu’il fût préparé (pour les funérailles). Les pleureuses le lamentaient. On dit alors à ‘Oumar : “Ne les entends-tu pas ? Ne vas-tu pas les en empêcher ?” Il répondit : “Quel mal y a-t-il à ce que les femmes de Quraysh pleurent Abou Sulaymân, tant qu’il n’y a ni poussière jetée ni hurlements stridents ?”
Lorsque ‘Oumar sortit pour assister à ses funérailles, il aperçut une femme professionnelle dans l’art des lamentations, pleurant Khalid en disant :
Du mètre al-khafîf :
“Tu es meilleur qu’un millier de milliers d’hommes
lorsque les visages des hommes sont humiliés.
Si tu es brave, tu l’es plus que le lion rugissant
dans son antre, terrible père de lionceaux.
Si tu es généreux, tu l’es plus encore
qu’un torrent jaillissant (9)(10) entre les montagnes.”
‘Oumar demanda : “Qui est-ce ?” On lui répondit : “C’est sa mère.” Il dit alors : “Sa mère, par Dieu !” – et le répéta trois fois. “Peut-on imaginer que les femmes cessent jamais d’enfanter un homme comme Khalid ?”
On rapporte alors que, durant ces trois journées de voyage et à son arrivée, ‘Oumar fredonnait ces vers (du mètre al-wâfî) :
“Pleurerais-tu ce que tu as accordé aux convives
sans pleurer des cavaliers pareils à des montagnes ?
En vérité, si tu dois pleurer, ils sont une perte plus funeste
que la disparition et le gâchis de tout ornement (11)(12).”