Il la renversa (1) et se mit à dire : « Ô ʿUzzā, je te renie et ne te glorifie nullement. En vérité, j’ai vu qu’Allah t’a humiliée. » Puis il la brûla. Par la suite, As-Siddîq (Abou Bakr) l’investit, après le Messager d’Allah (ﷺ), du soin de combattre les apostats et ceux qui refusaient l’aumône légale (zakât). Il vainquit alors ces derniers et calma ainsi la situation. Ensuite, il l’envoya en Irak, puis il se rendit en Syrie, où il vécut des hauts faits que nous avons rapportés, lesquels réjouissent les cœurs et les regards, et charment les oreilles. ʿUmar le destitua ensuite de sa fonction et désigna Abou ʿUbayda à sa place, tout en le maintenant comme conseiller militaire. Il demeura en Syrie jusqu’à ce qu’il meure dans son lit (qu’Allah lui fasse miséricorde).
Al-Wâqidî a rapporté, d’après ʿAbd Ar-Raḥmân ibn Abî Az-Zinâd, d’après son père, qui dit : « Lorsque Khalid sentit sa fin approcher, il pleura, puis déclara : “J’ai pris part à tant et tant de batailles, et il n’y a pas un carré de mon corps qui n’ait été frappé par un coup d’épée, une estocade de lance ou une flèche. Pourtant, me voici mourant dans mon lit, comme un chameau expire. Puissent les yeux des lâches ne jamais trouver le sommeil !” »
Abou Yaʿlā (3) déclara : « Suraïj (4) ibn Younous nous a rapporté, disant : Yahyâ ibn Zakariyyâ, d’après Ismâʿîl ibn Abî Khâlid, d’après Qays, a rapporté que Khalid ibn Al-Walîd a dit : “Une nuit où l’on me présenterait une épouse ou on m’annoncerait la naissance d’un garçon n’est pas plus chère à mon cœur qu’une nuit glaciale passée en expédition (Sarîya) avec des Emigrés (Muhâjirîn), au matin de laquelle j’attaque l’ennemi.” (5) »
Abou Bakr ibn ʿAyyâch, d’après Al-Aʿmach, d’après Khaythama a dit : « On amena à Khalid un homme transportant une outre de vin. Khalid s’exclama : “Ô Allah, change-la en miel !”, et elle se transforma en miel. Il existe à ce sujet plusieurs versions. Dans l’une d’elles, il est dit qu’un homme passa devant Khalid avec une outre de vin. Khalid l’interpella : “Qu’est-ce donc ?” Il répondit : “Du miel.” Khalid dit alors : “Ô Allah, change-le en vinaigre.” Puis, lorsque l’homme rejoignit ses compagnons, il leur déclara : “Je vous rapporte un vin dont les Arabes n’ont jamais goûté l’égal !” Mais en ouvrant l’outre, il constata qu’elle contenait du vinaigre. Il s’écria : “C’est bien l’effet de l’invocation de Khalid (– qu'Allah soit satisfait de lui –) !” »
Hammâd ibn Salama, d’après Thumâma, d’après Anas a dit : « Khalid rencontra un ennemi, et les musulmans s’enfuirent devant eux, mais Khalid tint bon, accompagné du frère d’Al-Barâʾ ibn Mâlik, tandis que moi, je me trouvais entre eux. Khalid inclina alors la tête un instant vers la terre, puis la leva vers le ciel un moment — il avait coutume d’agir ainsi quand une telle chose lui arrivait —, puis il dit au frère d’Al-Barâʾ : “Lève-toi !” Ils enfourchèrent leurs montures, puis Khalid harangua ceux qui restaient parmi les musulmans : “Il n’y a pour nous que le Paradis ; retourner à Médine est impossible.” Il les lança ensuite à l’attaque, infligeant une défaite aux polythéistes. »
On rapporte que Mâlik a mentionné qu’ʿUmar ibn Al-Khaṭṭâb aurait dit à Abou Bakr : « Écris à Khalid de ne donner ni brebis ni chameau sans ton autorisation. » Abou Bakr en informa Khalid, qui lui répondit : « Laisse-moi donc, moi et mon affaire, sinon prends tout en main à ta guise. » ʿUmar suggéra alors à Abou Bakr de le démettre, mais Abou Bakr répliqua : « Qui me rendra le service que me rend Khalid ? » ʿUmar dit : « Moi. » Et Abou Bakr de conclure : « Alors, vas-y. »