Les cinquièmes (parts de butin) et les captifs furent convoyés par as-Sâ’ib ibn al-Aqra‘. Auparavant, il avait envoyé la nouvelle de la victoire par l’intermédiaire de Ṭarîf ibn Sahm. Puis Ḥudhayfa répartit le reste du butin entre les combattants, accordant des gratifications et des parts supplémentaires à ceux qui avaient fait preuve de bravoure, ainsi qu’à ceux qui étaient restés en faction pour protéger l’arrière-garde des musulmans, ou qui leur servaient de soutien et leur étaient rattachés.
Quant au Commandeur des croyants (1), il invoquait Dieu nuit et jour en leur faveur, d’une prière comparable à celle de femmes enceintes sur le point d’accoucher, et avec l’ardeur de ceux qui sont en détresse. Il tardait à recevoir de leurs nouvelles. Or, voici qu’un homme (parmi les musulmans) se trouvait hors des murs de Médine lorsqu’il rencontra un cavalier. Il lui demanda d’où il venait. Le cavalier répondit : « De Nahâwand. » « Qu’a fait l’armée ? » demanda-t-il. L’autre dit : « Dieu leur a accordé la victoire, l’émir a été tué et les musulmans ont fait un butin considérable. Chaque cavalier a eu six mille (d’unités monétaires) et chaque fantassin deux mille. » Le cavalier s’éloigna, puis cet homme gagna Médine, annonça la nouvelle et celle-ci se propagea jusqu’à parvenir au Commandeur des croyants. Celui-ci fit chercher l’homme et l’interrogea : « Qui t’a rapporté ces informations ? » Il répondit : « C’était un cavalier. » « Il n’est pourtant pas venu me voir, dit-il, c’était un jinn qui se rendait auprès des siens, il se nomme ‘Uthaym. » Quelques jours plus tard, Ṭarîf arriva avec la nouvelle de la victoire, sans autre butin. Le Commandeur des croyants l’interrogea : « Qui a tué (2) an-Nu‘mân ? » Ṭarîf n’en savait rien, jusqu’à ce que ceux qui étaient chargés des quintes arrivent à leur tour et exposent la situation dans ses moindres détails. Il s’avéra que ce jinn avait effectivement participé à la bataille et s’en était allé rapidement auprès de son peuple pour les avertir.
Lorsque ‘Umar apprit la mort d’an-Nu‘mân, il pleura et demanda à as-Sâ’ib qui d’autre, parmi les musulmans, était tombé au combat. As-Sâ’ib cita alors plusieurs noms d’hommes éminents et de notables. Puis il ajouta : « D’autres encore, parmi des combattants moins connus du Commandeur des croyants. » Alors ‘Umar se mit à pleurer et déclara : « Qu’importe s’ils ne sont pas connus du Commandeur des croyants ? Dieu, Lui, les connaît. Il les a honorés par le martyre, et qu’ont-ils besoin que ‘Umar les connaisse ? » Il ordonna ensuite de partager le cinquième du butin selon son habitude, et on déposa les deux coffres (safṭayn) dans la demeure de ‘Umar avant que les messagers ne repartent. Au matin, ‘Umar les chercha mais ne les trouva pas ; il dépêcha donc un courrier qui ne les rattrapa qu’à al-Kûfa.
As-Sâ’ib ibn al-Aqra‘ raconte : « Lorsque je fis agenouiller ma monture à al-Kûfa, le courrier me rejoignit, immobilisa la monture par le jarret et me déclara : “Réponds à l’appel du Commandeur des croyants !” Je lui demandai la raison de cet ordre ; il me dit : “Je l’ignore.” Nous repartîmes aussitôt et parvînmes jusqu’à lui. Il me dit : “Eh bien, qu’ai-je donc à faire avec toi, ô fils de la mère d’as-Sâ’ib ? Et que me veux-tu, ô fils de la mère d’as-Sâ’ib ?” Je répondis : “Que se passe-t-il, ô Commandeur des croyants ?” Il me dit : “Malheur à toi ! Par Dieu, à peine étais-tu parti que, durant la nuit, les anges de Dieu me traînaient vers ces deux coffres qui s’embrasaient comme un feu, disant qu’ils allaient me marquer au fer rouge avec. Je leur criai : ‘Je vais les distribuer parmi les musulmans !’ Emporte-les donc – que tes affaires ne me concernent pas ! – vends-les et partage-en le prix entre les soldats et leurs soldes, car ni eux ni toi ne savez vraiment ce qui leur a été donné.” »
As-Sâ’ib poursuit : « Je pris donc ces coffres et les apportai à la mosquée d’al-Kûfa. Aussitôt, les marchands m’entourèrent et c’est ‘Amr ibn Ḥurayth al-Makhzûmî qui les acheta pour deux millions (d’unités monétaires). Puis il partit en pays étranger (chez les non-Arabes) et les revendit pour quatre millions. Il resta, par la suite, l’homme le plus fortuné d’al-Kûfa. »