Préparez également l’étendard, puis il proclama le takbîr une troisième fois et passa à l’attaque. Les combattants se ruèrent alors sur les polythéistes, tandis que la bannière de Nuʿmân s’abattait sur les Perses tel un aigle fondant sur sa proie. Ils en vinrent à croiser leurs épées, livrant un combat dont on n’avait jamais connu l’égal dans les batailles antérieures, et dont on n’avait jamais entendu parler, tant il fut violent. De midi jusqu’au crépuscule, un nombre considérable de polythéistes furent tués, au point que le sang couvrait la surface du sol et que les bêtes y laissaient leurs empreintes.
On raconte alors que l’émir Nuʿmân ibn Muqarrin, dont le cheval avait glissé dans ce sang, chuta et qu’une flèche vint le frapper au flanc (le tuant). Personne ne s’en aperçut hormis son frère Suwayd – ou Nuʿaym, selon une autre version – qui recouvrit le corps de son vêtement, cacha sa mort, puis transmit l’étendard à Hudhayfa ibn al-Yamân. Ce dernier établit son frère Nuʿaym à la place de Nuʿmân et ordonna de taire le décès afin d’éviter que les troupes ne se débandent.
Quand la nuit tomba, les polythéistes prirent la fuite et les musulmans les poursuivirent. Les infidèles avaient enchaîné trente mille d’entre eux avec des chaînes et creusé un fossé autour d’eux. Lorsqu’ils prirent la fuite, ils tombèrent dans ce fossé et dans les ravins environnants, au nombre d’environ cent mille. Ils s’écroulaient dans les vallées de leur territoire et nombre d’entre eux périrent, environ cent mille ou davantage, sans compter ceux qui avaient déjà été tués dans la bataille. Seuls quelques-uns s’échappèrent.
Quant à leur émir, al-Fayrazân, il avait été désarçonné pendant le combat, mais parvint à fuir. Nuʿaym ibn Muqarrin se lança à sa poursuite, précédé par al-Qaʿqâʿ, qui se dirigea vers Hamadhân pour intercepter al-Fayrazân. Al-Qaʿqâʿ le rattrapa au col de Hamadhân, où affluaient de nombreuses mules et ânes chargés de miel. Al-Fayrazân ne put gravir le versant à cause de ces bêtes et dut mettre pied à terre pour s’accrocher à la montagne. Al-Qaʿqâʿ le poursuivit et finit par le tuer.
Ce jour-là, les musulmans s’exclamèrent : « Dieu possède des armées faites de miel. » Ils s’emparèrent alors de ce miel et du reste du convoi. Depuis lors, ce col fut appelé le « col du miel » (Thaniyyat al-ʿAsal). Al-Qaʿqâʿ rejoignit ensuite les fuyards qui s’étaient retirés à Hamadhân, assiégea la ville et prit possession des territoires alentours. Le chef de la place, nommé Khusra Shanûm, descendit alors pour négocier la paix.
Al-Qaʿqâʿ regagna ensuite Hudhayfa et les musulmans qui l’accompagnaient. Après la bataille, ceux-ci étaient entrés de force à Nahâwand et avaient rassemblé toutes les dépouilles et le butin pour les remettre au responsable des finances, as-Sâʾib ibn al-Aqraʿ. Lorsque les habitants de Mâh apprirent le sort de Hamadhân, ils envoyèrent des émissaires auprès de Hudhayfa afin d’obtenir la sûreté. Un homme appelé al-Hirbidh, gardien de leur feu sacré, se présenta alors devant Hudhayfa pour demander la protection, et promit de lui remettre un dépôt appartenant au roi sassanide (Chosroès), mis de côté pour les temps de crise. Hudhayfa lui accorda sa protection, et cet homme apporta deux coffrets remplis de joyaux inestimables. Cependant, les musulmans n’y prêtèrent guère attention et convinrent de les envoyer en personne à ʿUmar. Ils les lui firent donc parvenir.