Lorsque cet état de fait se prolongea pour les musulmans et persista, an-Nuʿmân ibn Muqarrin rassembla les hommes de conseil de l’armée et ils délibérèrent à ce sujet : de quelle manière devaient-ils procéder afin de se retrouver, eux et les polythéistes, sur le même champ de bataille ?
‘Amr ibn Abî Salma prit la parole en premier – c’était le plus âgé de ceux qui se trouvaient là – et dit : « Les laisser tels qu’ils sont leur nuit bien davantage que ce que nous leur demandons, et c’est plus sûr pour les musulmans. » Mais tous s’opposèrent à lui et déclarèrent : « Nous sommes certains que notre religion l’emportera et que la promesse de Dieu en notre faveur se réalisera. »
Alors ʿAmr ibn Maʿdî Karib intervint et dit : « Allons les affronter en nombre et ne les craignons pas. » Mais ils lui répondirent tous : « Nous nous contenterions de foncer contre des murailles, or ces murailles leur servent d’alliés contre nous. »
Puis Tulayha al-Asadî prit la parole et déclara : « Ni l’un ni l’autre n’ont vu juste. Je pense plutôt que vous devriez envoyer un détachement qui les cernera et les provoquera au combat, les blessant sans relâche (1). Lorsque les ennemis sortiront pour se battre, cette troupe fera semblant de fuir vers nous ; et quand ils arriveront jusqu’à nous, nous fuirons tous à nouveau. Alors ils seront convaincus qu’il s’agit d’une vraie déroute et sortiront en masse de leurs fortifications. Quand ils seront tous dehors, nous reviendrons à la charge et combattrons jusqu’à ce que Dieu décide de notre sort. » Les combattants jugèrent ce plan excellent, et an-Nuʿmân confia le commandement de la troupe légère à al-Qaʿqâʿ ibn ʿAmr. Il leur ordonna d’avancer seuls jusqu’à la ville pour l’assiéger, puis de s’enfuir devant les assiégés s’ils sortaient. Al-Qaʿqâʿ s’exécuta et, lorsque ceux d’en face sortirent de leurs fortifications, il se replia à plusieurs reprises, comme l’avait prévu Tulayha. Les adversaires se dirent : « Voilà bien ce que nous pensions ! » et sortirent tous, au point qu’il ne resta dans la ville, parmi les combattants, que ceux qui gardaient les portes.
Ils parvinrent ainsi jusqu’au gros des troupes où se trouvait an-Nuʿmân ibn Muqarrin, déjà en ordre de bataille. C’était au début d’un vendredi matin. Tous voulurent livrer bataille, mais an-Nuʿmân les en empêcha et leur ordonna d’attendre que le soleil atteigne son zénith, que le vent se lève et que le secours divin descende, comme le faisait le Messager de Dieu. Les gens insistèrent pour lancer l’assaut, mais il refusa avec fermeté. Lorsque l’heure du zénith arriva, il fit la prière avec les musulmans, puis enfourcha un cheval bai foncé de petite taille. Il se rendit auprès de chaque bannière pour les exhorter à la patience et leur imposer le maintien de leurs positions, tout en prévenant qu’il pousserait un premier takbîr pour que tous se préparent, puis un deuxième pour que nul ne reste inattentif, et qu’au troisième takbîr, ils lanceraient l’assaut décisif. Ensuite, il retourna à son poste.
Les Perses s’étaient eux aussi rangés en un vaste ordre de bataille, formant des lignes impressionnantesâun effectif et un équipement comme on n’en avait jamais vus. Beaucoup d’entre eux s’étaient mêlés les uns aux autres et avaient répandu derrière eux des sortes de pointes de fer, de sorte qu’il leur était impossible de fuir ou de se replier.
Alors an-Nuʿmân ibn Muqarrin lança le premier takbîr et agita l’étendard, et chacun se tint prêt à l’attaque. Puis il éleva la voix pour le deuxième takbîr et agita de nouveau la bannière