Il parcourut dix parasanges jusqu’à atteindre Nahavand, pénétra en terre perse et y apprit des nouvelles qui lui plurent. Puis il retourna auprès d’Al-Numân et l’en informa, lui précisant qu’entre lui et Nahavand, il n’y avait rien à craindre (1). Al-Numân avança donc avec son armée en ordre de bataille : Nuʿaym ibn Muqarrin à l’avant-garde, Hudhayfa et Suwayd ibn Muqarrin sur les deux ailes, al-Qaʿqâʿ ibn ʿAmr à la tête de la troupe d’élite et Mujâshiʿ ibn Masʿûd à l’arrière-garde. Ils arrivèrent face aux Perses, menés par al-Fayruzân, qui disposait de toutes les troupes absentes à la bataille de Qâdisiyya dans les temps précédents, soit cent cinquante mille hommes. Quand les deux armées se firent face, Al-Numân poussa trois fois le takbîr et les musulmans en firent de même, ce qui ébranla les Perses et les effraya grandement.
Ensuite, Al-Numân ordonna que l’on dépose les bagages tandis qu’il se tenait debout ; les soldats déposèrent donc leurs effets, laissèrent leurs montures, dressèrent leurs tentes et plantèrent leurs pavillons. On érigea une tente imposante pour Al-Numân, installée par quatorze chefs de l’armée : Hudhayfa ibn al-Yamân, ʿUtba ibn ʿAmr, al-Mughîra ibn Shuʿba, Bashîr ibn al-Khassâsiyya, Hanzala al-Kâtib, Ibn al-Hawbar, Ribʿî ibn ʿÂmir, ʿÂmir ibn Matar, (Jarîr ibn ʿAbd Allâh al-Ḥimyarî) (2), Jarîr ibn ʿAbd Allâh al-Bajalî, al-Aqraʿ ibn ʿAbd Allâh al-Ḥimyarî, al-Ashʿath ibn Qays al-Kindî, Saʿîd ibn Qays al-Hamdânî et Wâʾil ibn Hujr. On n’avait jamais vu en Irak de tente plus prodigieuse que celle-ci. Une fois les bagages déposés, Al-Numân donna l’ordre du combat le mercredi. On se battit ce jour-là et le lendemain, la bataille restant indécise. Puis, le vendredi, les Perses se retranchèrent dans leur forteresse et les musulmans les assiégèrent, maintenant le siège aussi longtemps que Dieu le voulut. Les Perses sortaient pour combattre quand ils le désiraient et se repliaient vers leurs forteresses à leur gré.
Le commandant perse envoya alors chercher un musulman pour s’entretenir avec lui. Al-Mughîra ibn Shuʿba alla à sa rencontre. Celui-ci raconta l’ampleur du faste dont jouissait le Perse, sa majesté, et la façon dont il rabaissa les Arabes, les considérant sans importance, les décrivant comme étant ceux qui avaient le plus longtemps souffert de la faim, possédaient les demeures les plus modestes et la valeur la plus insignifiante. Il ajouta : « Rien n’empêche ces archers autour de moi de vous cribler de leurs flèches, si ce n’est le dégoût que leur inspirent vos dépouilles (3). Si vous partez, nous vous laissons en paix ; si vous refusez, nous vous livrerons à la mort (4) en ce lieu. »
Al-Mughîra dit : « Je prononçai alors la shahâda, louai Dieu et répliquai : “Nous étions en effet dans un état pire encore que ce que tu décris, jusqu’à ce que Dieu nous envoie Son Messager. Il nous a promis la victoire sur terre et le bonheur dans l’au-delà, et depuis l’avènement de l’Envoyé de Dieu, nous n’avons cessé de recevoir de notre Seigneur le soutien promis. Nous voici aujourd’hui dans vos contrées, et nous ne retournerons jamais à notre misère d’antan. Nous vous vaincrons sur vos terres et nous prendrons ce que vous possédez, ou bien nous mourrons sur votre sol.” »
Le Perse conclut alors : « Par Dieu, l’homme qui louche (5) vous a donc révélé le fond de sa pensée. »