On rapporte qu’elle provenait de l’Inde et qu’elle était, à l’origine, une pierre précieuse blanche comme la « thaghama » (1). Adam l’aurait fait descendre du Paradis, puis elle noircit sous l’effet des péchés des hommes. Ismaël vint apporter une pierre à son père (Abraham) et la trouva à l’angle. Il lui demanda : « Ô mon père, qui te l’a apportée ? » Abraham répondit : « C’est quelqu’un de plus vaillant que toi qui me l’a transmise. » Tous deux édifièrent alors la Maison en invoquant Dieu : « Seigneur, accepte ceci de notre part, car Tu es l’Audient, l’Omniscient » [al-Baqarah : 127].
Ibn Abî Hâtim rapporta qu’ils la bâtirent à partir de cinq montagnes, et que Dû l-Qarnayn – qui régnait sur la terre à l’époque – passa près d’eux alors qu’ils construisaient. Il demanda : « Qui vous en a donné l’ordre ? » Abraham répondit : « C’est Dieu qui nous l’a enjoint. » Il répliqua : « Comment savoir si ce que vous dites est vrai ? » Alors cinq béliers témoignèrent que Dieu l’avait véritablement ordonné, si bien que Dû l-Qarnayn crut et confirma leurs dires. Al-Azraqî mentionne en outre qu’il accomplit avec le Prophète Abraham le tawâf autour de la Maison.
La Ka‘ba demeura sur l’édification d’Abraham pendant une longue période, puis Qouraïch la rebâtit plus tard, tout en la raccourcissant par rapport aux fondations originelles du côté nord, celui qui fait face au Cham, conformément à l’état dans lequel elle se trouve aujourd’hui.
Dans les deux Sahîh (3), d’après un hadith rapporté par Mâlik, selon Ibn Shihâb, d’après Sâlim, on apprend de ‘Abd Allah ibn Muhammad ibn Abî Bakr, qui le tint de Ibn ‘Umar, lui-même l’ayant reçu de ‘Â’isha – qu’Allah soit satisfait d’elle – que le Messager de Dieu (ﷺ) a dit : « Ne vois-tu pas que, lorsque ton peuple a rebâti la Ka‘ba, il a renoncé à la hauteur des fondations d’Abraham ? » Je lui dis : « Ô Messager de Dieu, pourquoi ne la leur rends-tu pas selon les fondations d’Abraham ? » Il répondit : « Si ton peuple n’était pas encore si proche de son ère d’incroyance, je l’aurais fait. » Dans une autre version, il dit : « N’était-ce le fait que ton peuple sort tout juste de l’ignorance (ou de la mécréance), j’aurais dépensé le trésor de la Ka‘ba dans la voie de Dieu, j’aurais placé sa porte au niveau du sol et j’y aurais intégré le ḥijr. »
Ibn al-Zubayr, qu’Allah lui fasse miséricorde, la rebâtit plus tard, de son vivant, conformément aux indications du Messager de Dieu (ﷺ), d’après ce que lui avait rapporté sa tante maternelle, ‘Â’isha, Mère des Croyants. Mais lorsque Ibn al-Zubayr fut tué par al-Ḥajjâj en l’an 73 de l’Hégire, ce dernier écrivit au calife de l’époque, ‘Abd al-Malik ibn Marwân, lequel pensa que Ibn al-Zubayr n’avait agi que de sa propre initiative. Il ordonna alors de la remettre à l’état où elle se trouvait avant cette reconstruction. On démolit donc la partie nord du mur, on en retira le ḥijr, on referma le mur et on emplit l’intérieur de la Ka‘ba avec les pierres retirées. Ainsi, la porte orientale fut exhaussée et la porte occidentale condamnée totalement, tel qu’on l’observe encore aujourd’hui.
Plus tard, lorsqu’ils apprirent que Ibn al-Zubayr avait suivi à la lettre les directives transmises par ‘Â’isha, ils regrettèrent ce qu’ils avaient fait et se lamentèrent de ne pas avoir laissé son œuvre en l’état. Puis, à l’époque du calife al-Mahdî ibn al-Manṣûr, celui-ci consulta l’imam Mâlik ibn Anas quant à une éventuelle reconstruction de la Ka‘ba selon les plans établis par Ibn al-Zubayr. L’imam Mâlik lui répondit : « Je crains que les rois ne prennent alors la Ka‘ba pour un jeu et ne la rebâtissent chacun selon son bon vouloir. » Ainsi, on la laissa telle qu’elle est aujourd’hui.