« – Que se passe-t-il donc ? demanda-t-il. » Ils répondirent : « Quand douze nuits de ce mois se sont écoulées, nous prenons une jeune fille vierge de ses deux parents, nous satisfaisons ses parents (financièrement) et nous l’ornons des plus beaux bijoux et habits possibles, puis nous la jetons dans ce Nil. » Alors ʿAmr leur dit : « Voilà une pratique qui ne saurait exister en islam, car l’islam abroge tout ce qui l’a précédé. » Ils laissèrent passer les mois de Būnah, Abīb et Misrā, et le Nil ne coulait ni un peu ni beaucoup, au point qu’ils envisagèrent de quitter les lieux. ʿAmr écrivit alors à ʿUmar ibn al-Khaṭṭāb à ce sujet, et ʿUmar lui répondit : « Tu as bien fait en agissant ainsi, et je t’ai envoyé, à l’intérieur de ma lettre (2), un billet que tu jetteras dans le Nil. » Lorsque sa missive arriva, ʿAmr ouvrit la lettre et y trouva : « De la part du serviteur de Dieu, ʿUmar, Prince des Croyants, au Nil du peuple d’Égypte. Quant à ce qui suit : si tu coules de toi-même et par ton propre ordre, alors cesse de couler, car nous n’avons pas besoin de toi. En revanche, si tu coules par l’ordre de Dieu, l’Unique, le Tout-Puissant, Celui qui te fait couler, nous invoquons alors Dieu, qu’Il te fasse couler. » ʿAmr jeta donc le billet dans le Nil, et le lendemain, au matin du samedi, ils constatèrent que Dieu avait fait monter le Nil de seize coudées en une seule nuit, mettant fin, jusqu’à aujourd’hui, à cette coutume chez les Égyptiens.
Sīf ibn ʿUmar (3) rapporte qu’au mois de Dhū al-Qaʿda de cette année – qu’il situe comme étant la seizième – ʿUmar (4) établit des garnisons (5) aux confins de l’Égypte, car Héraclius lança une expédition contre la Syrie et l’Égypte par voie maritime. Ibn Jarīr (6) dit qu’au cours de la même année, Abū Baḥriyyah ʿAbd Allāh ibn Qays al-ʿAbdī (7) envahit le territoire byzantin – on dit qu’il fut le premier à y pénétrer – et il en revint sain et sauf, chargé de butin. Selon une autre version, ce serait Maysarah ibn Masrūq al-ʿAbsī qui y serait entré le premier.
Al-Wāqidī note qu’à cette même époque, ʿUmar destitua Qudāmah ibn Maẓʿūn du gouvernement de Bahreïn (et le sanctionna pour consommation de vin (8)) et investit Abū Hurayrah al-Dawsī (– qu'Allah soit satisfait de lui –) comme gouverneur du Bahreïn et de l’Yamāmah. Il ajoute qu’au cours de cette année, les habitants de Kūfa se plaignirent de Saʿd pour toutes sortes de raisons, au point d’affirmer qu’il ne priait pas correctement. ʿUmar le révoqua donc et nomma ʿAbd Allāh ibn ʿAbd Allāh ibn ʿUtban – qui était alors adjoint de Saʿd. D’autres disent qu’il nomma plutôt ʿAmmār ibn Yāsir (9).
L’imam Aḥmad (10) rapporte : « Sufyān nous a transmis, d’après ʿAbd al-Malik, qui l’avait entendu de Jābir ibn Samurah, lequel dit : “Les habitants de Kūfa se plaignirent auprès de ʿUmar en prétendant que Saʿd ne priait pas correctement. ʿUmar répliqua : ‘Parlez-vous des bédouins ? Par Dieu, je ne fais que conformer la prière à celle du Messager de Dieu (ﷺ).’” »