«Qu’ils reçoivent du bien, car ils ont avec nous un lien de parenté et une alliance (1).» Ils déclarèrent alors : «C’est une parenté lointaine que seuls les prophètes peuvent honorer ; elle est reconnue et noble. Elle était la fille de notre roi et faisait partie du peuple de Memphis, où régnait alors le pouvoir. Puis les gens d’Ayn Shams (2) eurent le dessus sur eux ; ils les tuèrent, leur confisquèrent leur royaume et les dispersèrent en exil. C’est ainsi qu’elle parvint à Ibrâhîm (3), auquel nous souhaitons la bienvenue et tout l’honneur. Accorde-nous la sécurité jusqu’à ce que nous revenions vers toi.»
Alors ‘Amr déclara : «Je ne suis pas homme à me laisser tromper. Toutefois, je vous accorde un délai de trois jours pour réfléchir et débattre avec votre peuple ; sinon, je vous combattrai.» Ils lui dirent : «Prolonge notre délai», et il leur ajouta un jour. Ils dirent encore : «Allonge-le davantage», si bien qu’il leur ajouta un deuxième jour. Ils s’en retournèrent alors vers al-Muqawqis, mais Arṭabûn refusa de leur répondre et ordonna de livrer bataille.
Ils dirent aux habitants d’Égypte : «Quant à nous, nous ferons tout pour vous protéger et ne pas nous rallier à eux. Il reste quatre jours (livrez bataille).» Il leur conseilla de lancer une attaque de nuit (4) contre les musulmans, mais les notables répliquèrent : «Pourquoi combattre un peuple qui a vaincu Kisrâ et César et s’est emparé de leurs territoires ?» Malgré cela, Arṭabûn insista pour qu’ils attaquent de nuit, et ils s’y risquèrent sans succès : ils ne gagnèrent rien et perdirent un groupe d’hommes, dont Arṭabûn lui-même. Les musulmans assiégèrent alors Ayn Shams en Égypte le quatrième jour. Al-Zubayr escalada le rempart de la ville. Quand ils s’en aperçurent, ils sortirent rejoindre ‘Amr par une autre porte et conclurent la paix avec lui, tandis qu’al-Zubayr traversa la cité pour sortir par la porte où se trouvait ‘Amr. Ils ratifièrent alors l’accord, et ‘Amr rédigea un acte d’amnistie :
«Au nom de Dieu le Clément, le Miséricordieux. Voici ce que ‘Amr ibn al-‘Âṣ accorde comme sécurité aux habitants d’Égypte : sur leurs personnes, leur croyance, leurs biens, leurs églises, leurs croix, leurs terres et leurs eaux ; rien de cela ne leur sera retiré ni diminué, et ils ne cohabiteront pas avec les Nubiens. En contrepartie, les Égyptiens s’engagent à verser la capitation (jizya) dès lors qu’ils accepteront ce pacte, lorsqu’arrivera la crue de leur fleuve, à hauteur de cinquante mille mille (cinquante millions). Ils seront également responsables en cas de tort causé par leurs brigands (5). Si l’un d’eux refuse d’obtempérer, la part du tribut sera réduite en conséquence et nous ne lui devons plus de garantie. Si le Nil n’atteint pas son niveau [habituel], on diminuera leur part en proportion. Celui qui, parmi les Romains (Byzantins) ou les Nubiens, entrera dans ce pacte, jouira des mêmes droits et assumera les mêmes obligations. Quiconque s’y refuse et choisit d’en partir pourra s’en aller en toute sûreté jusqu’à atteindre un lieu sûr ou sortir de notre autorité. Les versements se feront en trois échéances (chaque tiers de la somme à l’une d’entre elles). Tout cela est garanti par l’engagement de Dieu, la parole de Son Messager, la garantie du calife, Commandeur des Croyants, et l’engagement de tous les croyants. Les Nubiens qui répondent à ce pacte doivent fournir un certain nombre de personnes et un certain nombre de chevaux, tout en ne subissant aucune invasion ni entrave à leurs activités commerciales (6) entrantes ou sortantes. Ont témoigné al-Zubayr, ainsi que ses fils ‘Abd Allâh et Muhammad ; acte rédigé par Wardân, présent.»
Tous les habitants d’Égypte acceptèrent et signèrent ce traité. Les cavaliers se rassemblèrent alors en Égypte, où ils fondèrent al-Fusṭâṭ (7). Abû Maryam et Abû Maryâm revinrent ensuite auprès de ‘Amr à propos des captifs qui avaient été faits par la suite