Le propos est qu’Abraham (al-Khalil) – que la paix soit sur lui – construisit la plus noble des mosquées, dans le plus noble des lieux, au cœur d’une vallée dépourvue de toute culture. Il invoqua la bénédiction pour ses habitants en demandant qu’ils soient pourvus en abondance de fruits, et qu’ils reçoivent leur subsistance malgré la rareté de l’eau et l’absence d’arbres et de récoltes. Il pria également pour que ce lieu devienne un Sanctuaire sacré et inviolable, et un espace de sécurité et de protection. Dieu, qu’Il soit loué, exauça son invocation, lui accorda ce qu’il avait demandé et répondit à sa prière, ainsi qu’en témoignent Ses paroles :
« Ne voient-ils pas que Nous avons fait d’un Sanctuaire sûr (ce lieu) alors que les gens autour d’eux se font enlever ? » (al-‘Ankabût : 67)
Et aussi :
« Ne leur avons-Nous pas établi un Sanctuaire sûr, vers lequel sont acheminés les fruits de toute chose, comme subsistance de Notre part ? » (al-Qasas : 57)
Abraham demanda à Dieu d’envoyer parmi eux un Messager issu de leur propre peuple, c’est-à-dire de même origine et parlant leur langue, claire, éloquente et bienveillante, afin que se parachevât pour eux la double félicité, ici-bas comme dans l’au-delà. Dieu – qu’Il soit exalté – exauça sa supplication en suscitant parmi eux un Messager, par excellence, le Sceau de Ses prophètes et de Ses envoyés, auquel Il confia une religion parfaite, comme nul autre avant lui n’en avait reçu. Par son appel, il toucha les habitants de la terre tout entière, en dépit de la diversité de leurs origines, de leurs langues et de leurs caractéristiques, et cela s’étendit à toutes les contrées, toutes les contrées et à toutes les époques, jusqu’au Jour de la Résurrection. C’était là un privilège unique parmi tous les prophètes, qui tenait à sa propre excellence, à la perfection de son message, à la noblesse de sa terre, à l’éloquence de sa langue, à l’étendue de sa miséricorde et de sa compassion pour sa communauté, à l’honneur de sa lignée (1), à la grandeur de sa naissance, ainsi qu’à la pureté de son ascendance et de son parcours.
C’est pour cette raison qu’Abraham, le très proche ami de Dieu (al-Khalil) – que la paix soit sur lui – fut digne, lui qui avait érigé la Ka‘ba, demeure sacrée des habitants de la terre, d’occuper une position et un rang élevés dans les demeures célestes, à proximité de la Maison peuplée (al-Bayt al-Ma‘mûr), qui est la Ka‘ba des habitants du septième ciel, bénie et comblée de mérites. Chaque jour, soixante-dix mille anges y pénètrent pour s’y adonner à l’adoration, puis n’y reviennent plus jusqu’au jour de la Résurrection. Nous avons d’ailleurs traité, dans notre tafsir (2) de la sourate al-Baqara, de la description de la construction de la Maison sacrée et rapporté de nombreux récits et traditions à ce sujet, ce qui sera suffisant à qui s’y reportera. Louange à Dieu.
Parmi les traditions à ce sujet, on rapporte les propos d’as-Suddî : lorsque Dieu ordonna à Abraham et Ismaël de rebâtir la Maison, ils ne savaient pas où elle se trouvait jusqu’à ce que Dieu envoyât un vent appelé « al-Khajûj » (3), doté d’ailes et d’une tête, prenant la forme d’un serpent, qui balaya les abords de la Ka‘ba jusqu’à dégager les fondations originelles de la Maison. Abraham et Ismaël la suivirent à la pioche pour creuser et établir la fondation, conformément à la parole du Très-Haut :
« Et (rappelle-toi) quand Nous indiquâmes à Abraham le lieu de la Maison… » (al-Hajj : 26) (4)
Lorsqu’ils relevèrent la base et bâtirent l’angle, Abraham dit à Ismaël : « Ô mon fils, apporte-moi une belle pierre à placer ici ». Ismaël répondit : « Ô mon père, je suis fatigué et las ». Abraham poursuivit seul sa recherche. L’ange Gabriel (Jibril) (5) arriva alors avec la Pierre Noire