Il le dépensa jusqu’au bout et s’imposa de ne plus manger ni beurre (samn) ni nourriture grasse tant qu’il n’aurait pas élucidé la situation des gens. Ainsi, en période d’abondance, on lui servait(1) du pain trempé dans du lait et du beurre, mais pendant l’Année de la Ramada, on lui servait du pain trempé dans de l’huile et du vinaigre, et il finissait par apprécier l’huile. Malgré cela, il ne parvenait pas à la satiété, si bien que la couleur de ‘Umar (qu’Allah l’agrée) noircit et que son corps se transforma à tel point qu’on craignait pour sa faiblesse. Cet état de fait dura neuf mois, puis la situation s’améliora et devint plus prospère, et les gens qui s’étaient rassemblés autour de Médine en repartirent vers leurs lieux d’origine.
Ach-Chafi‘î a dit : « Il m’est parvenu qu’un homme parmi les Arabes s’adressa à ‘Umar lorsque les tribus(2) quittèrent Médine en disant : “La situation s’est dissipée pour toi, et vraiment tu es un fils de femme libre.” » Autrement dit, « Tu as partagé avec les gens, tu as été équitable et tu as agi avec bienveillance envers eux. »
Il nous a également été rapporté qu’une nuit de l’Année de la Ramada ‘Umar fit une ronde(3) dans Médine sans trouver personne qui rit, les gens ne conversant pas chez eux comme à l’accoutumée, et il ne vit(4) aucun mendiant demander l’aumône. Il s’en enquit et on lui répondit : « Ô Commandeur des Croyants, ceux qui avaient l’habitude de demander ne reçoivent plus rien, alors ils ont abandonné leurs requêtes, et les gens sont si préoccupés et éprouvés qu’ils ne parlent ni ne rient. » Alors ‘Umar écrivit à Abou Moussa à Bassora : « Au secours de la communauté de Muhammad » et à ‘Amr ibn al-‘Âs en Égypte : « Au secours de la communauté de Muhammad. » Chacun d’eux envoya vers Médine un grand convoi chargé de blé et d’autres vivres, et la cargaison de ‘Amr arriva par voie maritime jusqu’à Djeddah, puis de Djeddah à La Mecque. Ce récit possède une bonne chaîne de transmission, mais la mention de ‘Amr ibn al-‘Âs durant l’Année de la Ramada prête à confusion, car l’Égypte n’était pas encore conquise en l’an dix-huit de l’Hégire. (Soit l’Année de la Ramada survint après l’an dix-huit), soit la mention de ‘Amr ibn al-‘Âs à cette date est erronée. Dieu sait mieux.
Sif rapporta de la part de ses maîtres qu’Abou ‘Ubaïda arriva à Médine avec quatre mille montures chargées de nourriture. ‘Umar lui ordonna de les répartir(5) dans les divers groupes vivant autour de Médine. Lorsqu’il eut terminé, ‘Umar ordonna qu’on lui remette quatre mille dirhams, mais Abou ‘Ubaïda refusa de les accepter. ‘Umar insista tant qu’il finit par les prendre.(6)
Sif ibn ‘Umar(7) dit, de la part de Sahl ibn Youssouf as-Soullami, qui le tenait de ‘Abd ar-Rahmân ibn Ka‘b ibn Mâlik : « L’Année de la Ramada se situe à la fin de l’an dix-sept et au début de l’an dix-huit de l’Hégire. Les habitants de Médine et des environs furent frappés par la famine, et beaucoup de gens périrent. Les bêtes sauvages mêmes venaient chercher refuge auprès des hommes, et ainsi en allaient les choses pour le peuple et pour ‘Umar.(8) »