Il (Omar) dit : « Quelle est ton excuse et quel est ton argument pour t’être rebellé (1) à plusieurs reprises ? »
Il (al-Hurmuzân) répondit : « Je crains que tu ne me tues avant que je ne t’explique. »
Omar dit : « N’aie pas peur de cela. » Al-Hurmuzân demanda alors de l’eau à boire, et on la lui apporta dans un gobelet épais. Il dit : « Si je mourais de soif, je ne pourrais pas boire dans ce récipient. » On lui donna donc un autre récipient qui lui convenait. Quand il l’eut en main, on vit sa main trembler. Il dit : « Je crains que tu ne me tues pendant que je bois. »
Omar répondit : « Ne t’inquiète pas, tu ne risques rien tant que tu n’auras pas fini de boire. » Alors al-Hurmuzân renversa l’eau. Omar dit : « Remettez-lui de l’eau et ne cumulez pas pour lui la mort et la soif. » Al-Hurmuzân répliqua : « Je n’ai pas besoin d’eau, je voulais simplement (2) me rassurer un moment. »
Omar lui dit : « Je vais te tuer. »
Il répondit : « Tu m’as accordé la sécurité. »
Omar dit : « Tu mens. »
Anas intervint : « Il dit vrai, Commandeur des croyants. »
Omar rétorqua : « Malheur à toi Anas ! Vais-je accorder la sécurité à celui qui a tué Majza’a et al-Barâ’ ? Trouve-moi une explication, sinon je te punirai. » Anas poursuivit : « Je lui ai dit : “N’aie pas peur tant que tu ne m’as pas répondu.” Puis : “N’aie pas peur tant que tu n’auras pas bu.” Et tous ceux qui étaient présents lui ont tenu des propos semblables. »
Omar se tourna alors vers al-Hurmuzân et lui dit : « Tu m’as trompé ! Par Dieu, je ne me laisserai plus abuser, sauf si tu te convertis à l’islam. » Al-Hurmuzân se convertit à l’islam, et Omar lui attribua une pension (dhimmi) de deux mille (dirhams) et l’installa à Médine.
Dans une autre version, il est rapporté que celui qui interprétait entre Omar et al-Hurmuzân (3) était al-Mughîra ibn Shu’ba. Omar lui dit : « Demande-lui de quelle terre il est originaire. » Al-Hurmuzân répondit : « De Mahrajân. » Omar reprit : « Avance tes arguments. » Al-Hurmuzân demanda : « Paroles d’un vivant ou d’un mort ? » Omar répondit : « Celles d’un vivant. » Al-Hurmuzân poursuivit : « Tu m’as accordé la sécurité. » Omar conclut : « Tu m’as abusé, et je n’accepte rien d’autre que ta conversion. » Alors il se convertit, Omar lui fixa deux mille de pension et l’établit à Médine. Ensuite, Zayd vint aussi pour interpréter entre eux.
J’ai lu que l’islam d’al-Hurmuzân fut bon et sincère, et il ne s’éloignait jamais de la compagnie d’Omar jusqu’à l’assassinat de ce dernier. Certains l’accusèrent, lui et Jufayna, d’avoir comploté avec Abû Lu’lu’a. C’est alors que ‘Ubayd Allah ibn Omar tua al-Hurmuzân et Jufayna, comme nous le rapporterons plus en détail. On a aussi transmis qu’au moment où ‘Ubayd Allah leva son épée sur al-Hurmuzân, ce dernier s’écria : « Il n’y a de dieu que Dieu. » Quant à Jufayna, il fut crucifié face contre terre.
Ce qui nous intéresse ici, c’est qu’Omar retenait les musulmans de trop s’étendre dans les territoires perses, craignant pour eux le danger que représentaient les Perses. Jusqu’à ce qu’al-Ahnaf ibn Qays lui conseillât que l’intérêt général exigeait l’expansion des conquêtes, car le roi Yazdgerd ne cessait de les exhorter à combattre les musulmans. S’ils ne déracinaient pas (4) l’influence des Perses, ces derniers finiraient par menacer l’islam et ses fidèles. Omar approuva cette suggestion et permit aux musulmans de s’étendre davantage en terre perse. Grâce à cela, ils remportèrent de nombreux succès, louange à Dieu. Et la plupart de ces conquêtes eurent lieu en l’an dix-huit de l’Hégire, comme nous l’exposerons à ce moment.
Revenons maintenant à la prise d’al-Sûs (Sus) et de Jundaysâbûr ainsi qu’à la conquête de Nahâwand selon le récit de Saïf. Il a déjà été mentionné qu’Abû Sabra, accompagné de plusieurs grands chefs depuis Tustar, s’était dirigé vers al-Sûs, qu’il assiégea pendant un certain temps. Il y eut de nombreuses pertes dans les deux camps. Les docteurs locaux se présentèrent alors