Ils firent affluer l’eau jusque-là, et les émirs encouragèrent le peuple à s’en charger. Ainsi, des hommes vaillants et courageux se portèrent volontaires, arrivèrent, puis pénétrèrent dans la ville en suivant l’eau, tels des canards, de nuit. On raconte que le premier à y entrer fut ‘Abd Allâh ibn Mughaffal al-Muzanî. Ils trouvèrent les gardiens des portes et les endormirent, puis ouvrirent les portes. Les musulmans lancèrent le takbîr et s’introduisirent dans la ville, tôt à l’aube, jusqu’à ce que le jour s’élève. Ce jour-là, ils n’accomplirent la prière de l’aube qu’après le lever du soleil, comme le rapporte al-Bukhârî d’après Anas ibn Mâlik : « J’assistai à la conquête de Tustar au moment de la prière de l’aube, mais les gens furent occupés par la conquête. Ils ne prièrent donc l’aube qu’après le lever du soleil, et je n’aimerais pas échanger cette prière-là contre des chamelles rousses. »
Al-Bukhârî s’appuya sur ce récit pour défendre la position de Makhoul et d’al-Awzâ‘î, selon laquelle il est permis de retarder la prière pour cause de combat. Il alla en ce sens et s’appuya sur l’histoire de la bataille du Fossé (al-Khandaq), où le Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) déclara : « Ils nous ont empêchés de la prière du milieu. Qu’Allâh remplisse de feu leurs tombes et leurs demeures ! », ainsi que sur ses propos le jour de Banî Quraydha : « Que nul d’entre vous ne prie la prière de l’après-midi (al-‘asr) avant d’arriver à Banî Quraydha. » Certains retardèrent donc cette prière jusqu’après le coucher du soleil, et il ne les blâma pas. Nous nous sommes déjà exprimés plus en détail sur ce sujet dans l’évocation de la campagne de la Conquête.
Pour en revenir à al-Hurmuzân, lorsque la ville fut conquise, il se réfugia dans la citadelle, poursuivi par un groupe de combattants, dont certains ont déjà été cités, ainsi que d’autres. Après l’avoir cerné dans un recoin de la forteresse, il ne restait plus que sa perte ou la leur. Il leur dit alors, après avoir tué al-Barâ’ ibn Mâlik et Majza’a ibn Thawr (que Dieu leur fasse miséricorde) : « J’ai avec moi un carquois contenant cent flèches. Personne d’entre vous ne pourra s’approcher sans que je le touche d’une flèche létale. Je ne manquerai aucune cible. Quel intérêt aurez-vous à me capturer une fois que j’aurai déjà tué cent des vôtres ? » Ils lui demandèrent : « Que proposes-tu donc ? » Il répondit : « Accordez-moi la sûreté, je me rendrai à vous et vous me conduirez devant ‘Umar ibn al-Khattâb, qui statuera sur mon sort comme il le voudra. » Ils acceptèrent, il jeta alors son arc et ses flèches, et ils l’emprisonnèrent, le lièrent solidement et le placèrent sous bonne garde pour l’envoyer auprès de l’Émir des croyants, ‘Umar. Ils prirent ensuite possession des biens et provisions de la ville et en partagèrent quatre-cinquièmes : chaque cavalier reçut trois mille, et chaque fantassin mille dirhams.