Yazdegerd incitait sans relâche les habitants de la Perse, les admonestant sur le fait que les Arabes s’étaient emparés de leurs territoires et les visaient jusque dans leurs forteresses. Il écrivit donc aux gens d’al-Ahwâz et aux Perses pour qu’ils se mobilisent, s’engagent par serment et concluent un pacte afin de combattre les musulmans et d’attaquer Bassora. Lorsque la nouvelle parvint à ʿUmar, celui-ci écrivit à Saʿd, qui se trouvait à Koufa, pour lui ordonner d’envoyer une importante armée vers al-Ahwâz sous le commandement d’an-Nuʿmân ibn Muqarrin et de se hâter, afin qu’ils puissent faire face à l’Hurmuzân. Il désigna plusieurs hommes connus pour leur courage et leur éminence comme émirs dans cette troupe, parmi lesquels Jarîr ibn ʿAbd Allâh al-Bajlî, Jarîr ibn ʿAbd Allâh al-Ḥimyarî, an-Nuʿmân ibn Muqarrin, Suwayd ibn Muqarrin et ʿAbd Allâh ibn Dhî as-Sahmayn.
ʿUmar écrivit aussi à Abû Mûsâ, alors à Bassora, pour lui demander de dépêcher une armée nombreuse vers al-Ahwâz, en confiant le commandement à Suhayl ibn ʿAdî. Devaient l’accompagner al-Barâʾ ibn Mâlik, ʿÂṣim ibn ʿAmr, Majzaʾa ibn Thawr, Kaʿb ibn Thawr, ʿArfaja ibn Harthama, Ḥudhayfa ibn Muḥṣin, ʿAbd ar-Raḥmân ibn Sahl et al-Ḥuṣayn ibn Maʿbad. Abû Sabra ibn Abî Ruhm fut désigné pour commander à la fois aux gens de Koufa et de Bassora ainsi qu’à tous ceux qui viendraient leur prêter main-forte.
Selon ces rapports, an-Nuʿmân ibn Muqarrin partit donc avec l’armée de Koufa, précédant ainsi les Bassriens, et atteignit Râm-Hurmuz où se trouvait l’Hurmuzân. Celui-ci sortit à la tête de ses soldats, rompant le pacte conclu avec les musulmans, et voulut prendre de vitesse l’armée d’an-Nuʿmân avant l’arrivée des troupes de Bassora, espérant porter ainsi secours aux Perses. An-Nuʿmân ibn Muqarrin l’affronta à Irbil, et un combat acharné s’ensuivit. L’Hurmuzân fut mis en déroute et s’enfuit vers Tustar, abandonnant Râm-Hurmuz qu’an-Nuʿmân investit de force. Ce dernier s’empara des provisions, des réserves, des armes et de l’équipement s’y trouvant.
Lorsque les habitants de Bassora apprirent ce que l’armée de Koufa avait infligé à l’Hurmuzân, et qu’il s’était enfui pour se retrancher à Tustar, ils s’y dirigèrent aussitôt. Les troupes de Koufa les rejoignirent, puis ils encerclèrent la ville ensemble sous le commandement général d’Abû Sabra. Ils constatèrent que l’Hurmuzân y avait rassemblé une multitude d’hommes. Une lettre fut envoyée à ʿUmar pour demander des renforts, et celui-ci ordonna à Abû Mûsâ de partir à leur secours. Abû Mûsâ, étant déjà le commandant des soldats de Bassora, arriva donc auprès d’eux, et Abû Sabra conserva le commandement global sur les gens de Koufa et de Bassora. Ils assiégèrent ainsi la ville durant plusieurs mois dans des affrontements très meurtriers pour les deux camps.
Ce jour-là, al-Barâʾ ibn Mâlik, frère d’Anas ibn Mâlik, tua cent combattants en duel, sans compter ceux qu’il avait déjà tués à d’autres occasions. Il en fut de même pour Kaʿb ibn Sûr, Majzaʾa ibn Thawr, Abû Yamâma et d’autres habitants de Bassora. Quant aux gens de Koufa, un groupe parmi eux, comprenant Ḥabîb ibn Qurrâ, Ribʿî ibn ʿÂmir et ʿÂmir ibn ʿAbd al-Asaw, tua également chacun une centaine d’hommes en duel. Les deux camps s’affrontèrent ainsi pendant plusieurs journées consécutives. À la veille de la dernière confrontation, les musulmans dirent à al-Barâʾ ibn Mâlik — dont les prières étaient réputées exaucées — : «Ô Barâʾ, supplie donc ton Seigneur de nous accorder la victoire». Il répondit : «Ô Dieu, accorde-nous la victoire et fais-moi mourir en martyr». Les musulmans les vainquirent alors, les refoulant jusque dans leurs tranchées, avant d’y pénétrer de force. Les polythéistes se réfugièrent aussitôt dans la ville elle-même, où ils s’enfermèrent, sous la pression des musulmans.
Un homme de la ville demanda la protection d’Abû Mûsâ, qui la lui accorda. Il guida alors les musulmans vers un endroit par lequel ils pourraient pénétrer dans la cité, par une voie dissimulée